La pomme et les oiseaux

Participation de Céline,

pommes main enfant

On ne savait rien des oiseaux affolés. On ne savait pas que lors de son approche il y avait toujours un bec qui se levait pour alerter. On n’avait pas conscience de l’envol soudain, des plumes oubliées dans la foulée, de l’excitation, de toutes ces trajectoires qui se perdaient qui s’emmêlaient qui ne savaient pas s’il fallait se réjouir ou pleurer d’être là réveillées.

En fait, la faim le tenaillait mais il ne s’en rendait pas compte. Il travaillait et ce quartier de pomme, —ce jus acide et sucré brisé entre ses dents— mit en alerte ses papilles comme une nuée d’étourneaux. C’était presque douloureux. C’était vif.

Et les oiseaux comme pris dans un nouveau filet de vent firent demi-tour. Aucun ne fut oubliés, ils plongèrent vers ce qui restait du gouter. On savait tout de ces oiseaux affolés tant qu’on tendait l’oreille vers leur criée.

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Contraste

Participation de Céline :

jeux enfants fontaine mainsIl est coincé quelque part entre trente-huit degrés et trente-neuf degrés et demi. Il ne sait pas exactement, il suffoque. La sueur coule dans son dos et colle ses vêtements. Il est coincé entre ces deux parallèles, son esprit s’évade. Si seulement il trouvait quelque part… Son attaché caisse pend au bout de sa main, elle trainerait presque par terre. Les portes du bus s’ouvre, il se faufile. Il passe entre des hommes et des femmes à la peau brillante. Le col de son costume l’étrangle mais il n’amorce aucun geste pour se sauver. La chaleur du bus en le doublant l’écrase, il s’avance vers la place.

Tout de suite, la fraicheur des fontaines lui caresse les joues. Un vent de soulagement profond l’emporte soudain. Deux enfants sous les jets d’eau jouent, nus. Ils se tiennent par la main pour ne pas glisser, le poids écrasant du soleil ne les atteint pas. Et l’eau, partout autour, brillante et fraiche comme la chaleur est suffocante et sombre ; l’homme voudrait traverser la place au milieu d’elle. L’homme rêve de cette eau coulant dans son cou dans son dos ; emportant avec elle ces rendez-vous et ces délais aussi importants que futiles collant à sa peau avec la poussière de l’été. L’homme, tassé sous son costume sombre rêve de cette légèreté soudaine. Être nu au milieu de la place au milieu de l’eau fraiche.