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12e : Fini de jouer ?

Le point d’interrogation du titre laisse la place à d’éventuelles participations supplémentaires mais si on s’en tient au calendrier, c’est aujourd’hui que se termine ce 12e jeu d’écriture(s). Comme toujours, les « retardataires » ne seront pas tout à fait réprimandés. Voici la liste des participations à ce 12e jeu :

jeu 12

Je remercie toutes les personnes qui ont joué avec nous, y compris dans les commentaires, c’est chouette de vous retrouver et c’est chouette de vous rencontrer. Je remercie une nouvelle fois Lily pour cette photo qui a inspiré des textes si différents les uns des autres.

J’ai un projet de migration pour ce blog mais je ne suis pas sûre que ça aboutisse. Les anges gardiens de mes incompétences informatiques ont aussi le droit à des vacances ! Alors je réfléchis à tout ça. Dans tous les cas, il y aura un 13e jeu, à cette adresse ou à une autre, à voir. S’il y en a qui sont très attachés à ce que ce blog reste sur WordPress, c’est le moment de s’exprimer (et d’argumenter !)

Si vous avez des retours à faire sur ce dernier jeu, notamment concernant le choix de la photo qui a essayé de prendre en compte les remarques des différentes personnes qui se sont exprimées, on se retrouve dans les commentaires !

Je vous souhaite un bel été à tous et vous dit à bientôt !

Lizly

La Grille bleue

Par Fred-Eric François-Eugène

jeu 12

Le Parc du Paradis est séparé de moi

par une grille bleue… Je voudrais la franchir…

Alors je sonne… En vain… On ne me répond pas…
 

Le mystère Luc Rada

Par Oth67

jeu 12Je n’avais plus de nouvelles de Luc depuis quelques jours et je commençais à m’inquiéter de ce silence.  Une petite voix à l’intérieur de moi me dit d’aller voir rapidement chez lui ! Je n’aimais pas cela du tout ! Il habitait en dehors de la ville, sur les hauteurs dans une charmante maison située au calme en pleine verdure. Arrivée devant la grille, je descendis rapidement de ma voiture. La grille était fermée à clef. Peut-être n’était-il pas là ? J’appuyais nerveusement sur le bouton de la sonnette, pas de réponse, rien ! Les volets étaient clos sauf un ! Pourquoi ? De loin, la fenêtre paraissait intacte, cela ne ressemblait pas à une intrusion. Je pris mon téléphone, fis une énième fois son numéro et atterris une énième fois sur son répondeur ! Cela faisait quelques mois que nous nous fréquentions. Luc avait des horaires décalés, il travaillait la nuit dans un hôpital et forcément il se reposait le jour ! Pas évident pour une nouvelle relation ! Nous nous voyions surtout les week-ends, le soir pour ne pas trop le décaler dans ses habitudes nocturnes. Il était en forme car il venait de se lever et moi, je finissais tranquillement ma journée !

Après avoir laissé un message sur son répondeur, je me suis décidée à appeler son travail. Stupéfaction, il n’avait plus de nouvelles de lui depuis quelques jours … Un mauvais pressentiment venait de m’envahir ! Ni une, ni deux, je composais le numéro des secours sur mon portable ! Ils arrivèrent très rapidement sur place. La grille et la porte furent forcées en deux temps trois mouvements, c’était impressionnant à voir ! À l’intérieur de la maison régnait un calme monacal. En revanche une drôle d’odeur émanait de la pièce où le volet était ouvert. Une odeur persistante qui me rappelait l’odeur que j’avais eu un certain temps dans ma cuisine lorsque j’avais laissé cramer (carboniser devrais-je dire) ma dinde aux marrons à Noël !

Les secours venaient de pénétrer dans cette pièce. Le chef fit rapidement demi-tour afin de m’empêcher de voir leur effroyable découverte. Un corps carbonisé gisait dans la pièce, face à la fenêtre. Je m’effondrais alors, en larmes, dans ses bras.

Un mystère entoure toujours cette macabre découverte. Les experts ne trouvent pas de réponse à cette combustion spontanée. En effet, rien d’autre n’a brûlé dans la pièce et aucune trace d’éléments déclencheurs a été trouvée. La seule chose qu’ils savent, c’est que Luc est entré dans cette pièce aux alentours de midi et qu’il s’est approché de la fenêtre avant de s’embraser spontanément.

La maison est maintenant devenue un lieu très prisé par les touristes ! La mystérieuse mort de Luc Rada n’a toujours pas été élucidée et les idées les plus folles sont maintenant avancées : Luc Rada n’est-il pas l’anagramme de Dracula …

Un Bel Héritage

Par Pensez Bibi

jeu 12«J’avais retrouvé l’ancien mail qu’il m’avait envoyé : «J’ai tout refait. Pavés nettoyés et blanchis un à un, volets repeints, nouvelle toiture, nouvelles tuiles neuves, gazon consciencieusement tondu, portail à neuf».

Une bâtisse à deux niveaux. Dix pièces. J’en étais le seul héritier.

Ce matin, je garai ma voiture sur le chemin, me suis approché de la grille.

Ce qui m’avait sauté aux yeux avait été l’extrême propreté de la bâtisse et ce soleil qui accentuait durement la blancheur des murs. «Propreté, propriété» me suis-je dit en esquissant un demi-sourire. Au milieu de la cour, trônait un tilleul à fière allure. Un vol de merles signa le ciel bleu mais tout autour, tout restait silencieux.

Je me demandais pour quelle raison grand-père avait engagé tant de travaux et voulu cette remise à neuf avant de mourir. J’aurais voulu sortir la grosse clé, l’enfiler dans la serrure, repousser le lourd portail, gagner la maison en traversant la cour, ouvrir les volets bleus clair, monter à l’étage.

Je repris la photo et en regardais tous les détails. Là, le grand tilleul, là le chemin pavé, ici la porte d’entrée de la maison. Mais ce n’était qu’une photo.

Je tenais en main le cliché de la maison de grand-père, cliché qu’il avait rajouté à son mail : une maison disparue, volatilisée dans un grand incendie inexpliqué. Le feu avait en effet détruit l’ensemble du bâtiment. En une semaine, tout avait été déblayé. On avait fait complète table rase. Seule demeurait la grille derrière laquelle s’étendaient des champs à perte de vue, des terres surplombées par un ciel bleu azur. Le même ciel que celui sur la photographie envoyée en fichier joint par mon grand-père».

Bleu !

Par Lizly

jeu 12– Bleu !

L’enfant s’est exclamé et montre du doigt le portail de la vieille bâtisse rénovée. Puis, comme pris d’un doute, il la regarde et répète : – Bleu ?

Elle acquiesce de la tête et explique : – Oui, bleu. C’est un portail bleu. Et la maison a des volets bleus.

Elle ne parle pas trop vite et s’oblige à faire des phrases simples. Enfin, quand elle y pense. Ce n’est pas devenu aussi naturel que tenir ce garçonnet par la main. Main qu’il lâche pour aller accrocher les deux siennes aux traverses bleues.

– Beau. Décrit-il en allongeant un peu le son voyelle.

– Oui, tu as raison, c’est beau. C’est un beau parc et une belle maison. Même le portail n’est pas si moche. C’est un bien bel endroit.

Elle s’est approchée de l’enfant qui en profite pour faire froufrouter les pans de sa robe en récitant « Une belle robe » comme appris le matin même.

Elle sourit en pensant à ses potes du bahut. Quand elle leur racontera ça à la rentrée ! Pour une fois, elle va revenir avec autre chose à dépeindre qu’un été pourave dans son village minuscule à geeker en 512k. S’ils ne lui attribuaient pas une mention « Job d’été le plus zarb » ou un truc du genre, elle mangeait ses tongs !

– Dedans !

L’exclamation la prend de court. Ils étaient déjà passés plusieurs fois devant cette maison, il ne s’y était jamais intéressé.

– On ne peut pas entrer, c’est fermé. Puis c’est une propriété privé, c’est chez des gens. On ne peut pas entrer comme ça chez des gens.

Elle a fait attention à ne pas parler trop vite mais elle sait bien qu’au-delà des mots, elle a abordé des notions un peu compliquées pour lui.

– Tu fais quoi cet été ?

– Je fais réservoir.

– Réservoir ? Réservoir de quoi ?

– Réservoir de mots.

Le mec avait fait comme s’il comprenait puis avait changé de sujet. Elle s’en foutait, il lui plaisait pas et il était lourd avec sa drague à deux centimes et un mars. C’était au début de l’été, quand elle ne passait pas encore tout son temps libre avec l’enfant.

Chingis regarde toujours le parc et la maison. Il a cet air indompté et résolu.

– Beau parc. Dedans.

Une affirmation. Même pas une demande d’autorisation. Il a décidé.

Les premiers jours, elle n’avait pas aimé cet enfant. Dans ses vêtements neufs, il s’était tenu bien droit devant elle. Il avait prononcé un « bonjour » poli et sans accent, s’était ensuite gardé sage et patient alors que les « grandes personnes » parlaient par-dessus sa tête de choses qu’il ne comprenait pas.

Elle n’avait pas aimé cet enfant qui se pliait à tout sans sourciller. Elle tapotait le coussin à côté d’elle, il venait s’asseoir. Elle ouvrait la porte, il sortait. Elle tapait dans un ballon, il le lui renvoyait. Pas une initiative, jamais, pas une demande, un sourire terne parfois, jamais un rire. « Je pourrais aussi bien faire la conversation à un chien… Quoique lui, au moins, réclamerait à sortir ou à jouer » s’était-elle surprise à penser.

Elle n’aurait pas dû donner de l’importance de ce manque d’affinité, ce n’était qu’un job d’été après tout, mais voilà qu’alors qu’elle était embauchée pour parler à cet enfant, lui mettre la langue française dans l’oreille et si possible dans la bouche, elle n’avait rien à lui dire. Elle se bornait alors à lire une partie de la montagne de livres dont ses parents adoptifs avaient pourvus sa chambre catalogue et à répéter des banalités du quotidien.

Puis un matin, elle l’avait trouvé perché dans un arbre devant chez lui. Elle l’avait salué, lui avait demandé de descendre et un « Non ! » sonore et ferme était tombé du ciel. Hormis les « bonjour », « merci » et « au revoir » qu’il connaissait avant son arrivée, il ne l’avait jamais gratifié d’un seul mot, malgré tous ceux qu’elle lui avait présentés et voilà que pour sa première interaction articulée, il lui offrait un refus. A cheval sur une fourche branchu, l’enfant plus si sage la toisait.

Sa mère était alors sortie de la maison, confuse. On l’avait trouvé là au petit matin, refusant de descendre, peu importe comment on le lui demandait. Ils avaient essayé dans sa langue, évidemment – c’est pour ça qu’ils l’avaient embauchés, pour son ignorance de toutes langues étrangères qu’elle aurait été tentée d’utiliser avec lui – et même en l’appâtant avec de la nourriture.

Mais il était perché, là, les vêtements sales, les cheveux en bataille et elle avait eu l’impression de le voir pour la première fois.

– Chingis, descends, on va lire un livre, avait-elle tenté.

Il l’avait jaugée puis l’avait bravée : – Non. Toi, viens.

Ce n’était pas une invitation, c’était un défi. « Viens si tu l’oses » aurait-il lancé s’il avait eu le vocabulaire.

Elle avait adoré ça – Ne vous en faites pas Mme Martin, je m’en occupe –  et elle été monté dans l’arbre.

Ce jour-là, elle avait parlé sans s’arrêter pendant plus de deux heures. Chingis lui répondait par des gestes, des signes, des expressions, comme il l’avait fait jusqu’ici mais avec entrain, volonté, abondance. Pour la première fois, ils dialoguaient. Elle lui avait alors parlé de son enfance, de ses escapades dans les arbres à elle aussi, elle lui avait expliqué tout le langage de la feuille, de l’écorce, de la branche, elle était allé jusqu’à raconter la graine, le fruit, la bouture et même la photosynthèse.

Ce jour-là, Chingis descendu de l’arbre était devenu « son petit Khan ». Si ses parents s’inquiétaient un peu de voir le garçon s’agiter et manifester des envies, elle se réjouissait de le voir enfin enfant, enfin vivant.

– Veux. Dedans.

– Chingis, on ne peut pas entrer. On n’a pas le droit. Et il n’y a personne, je ne peux même pas demander l’autorisation.

– Mais… Dis. S’il te plait.

Il s’est assis en tailleur face au portail, les yeux se promenant dans le parc où ses pieds ne peuvent aller. « Dis », raconte.

– Qu’est-ce que tu veux que je te raconte ? Une histoire ?

– Non. Maison. Belle maison. Belle parc.

– On dit « un beau parc ».

– Dis, toi, un beau parc. Chats ?

Il a sa bouille à croquer, assoiffée d’histoires et de mots, déterminée à les avoir.

Alors elle s’assied avec lui sans se soucier des gens qui passent et de sa robe qui remonte un peu trop, effaçant déjà les critiques ainsi alimentées sur l’enfant étranger de ce couple étrange et l’adolescente turbulente qu’on lui a choisi comme tutrice, et elle raconte. Elle raconte le parc, la maison, Monsieur et Madame Tourangeaux dont c’est la résidence secondaire, elle donne les noms des fleurs qu’elle reconnait puis alors que son petit Khan farouche se love contre elle en caressant une de ses longues mèches blondes, elle imagine les chats qui rôdent la nuit, elle les invente, elle-même et l’enfant, grimpant à l’arbre qui trône dans l’allée centrale et effrayant les passants qui ne les verraient pas dans les branches touffues, ouvrant les volets, entrant dans la maison, s’asseyant dans de grands fauteuils élégants devant un service à thé en porcelaine de Limoge remplis de limonade, la découverte de Chingis qui aura marqué immanquablement leur été à tous les deux, elle raconte et le soir tombe.

– Beau, conclut Chingis quand elle se tait enfin.

– Qu’est-ce qui est beau ? L’histoire ? La maison ? Mes cheveux ?

L’enfant réfléchit. Il caresse encore une mèche, regarde encore le parc et la bâtisse, fait froufrouter une nouvelle fois la robe, puis, allumant un large sourire, décide :

– Tout !

La grille

Par Anna Musarde

jeu 12Tout commence par le regard d’une petite fille sur des tranches colorées, bien alignées derrière des portes vitrées. La petite se tord la nuque pour zyeuter l’arc-en-ciel protégé, porte close avec une clef. Tentation. C’est joli, et si c’est enfermé, c’est que c’est intéressant, n’est-ce pas ? Elle rôde, mine de rien. Elle attend l’erreur, le premier adulte qui laissera la porte ouverte. Longtemps. Le jour enfin arrive, maman pressée, ferme la porte mais pas à clef. La gamine soulève à grand-peine sa petite chaise, monte dessus, ouvre la porte interdite, met la main sur un des rayons de l’arc-en-ciel, un livre, encombrant mais pas très épais.

Elle l’ouvre.

Elle plonge.

Et voilà comment j’ai passé pour la première fois les grilles du château de Moulinsart.

Photo en catimini

Par Abagendo

jeu 12Ma mère m’avait demandé de faire un détour et de retourner dans le village où se trouvait « LA MAISON ». On a tous une maison dans le cœur, ou dans l’âme…Maison qui disparaît, au cours des aléas de la vie : vendue, restaurée, détruite, amputée ou enflée de constructions annexes, vérandas ou autres hernies….

Quand j’ai réussi à la retrouver, après quelques errances sur des rocades et voies rapides que je ne reconnaissais pas,  j’ai éprouvé quelque chose comme un déclic dans la tête, comme si, sur l’ordinateur qu’on a tous dans un coin du crâne, coincé entre l’œil droit et la grande veine de Galien, tout le monde sait cela, j’avais cliqué sur un site inconnu, un site plein de photographies ; des photos carrées d’Instamatic Kodak, aux couleurs un peu passées.

Il a fallu que je ferme les yeux pour retrouver la netteté des instantanés : la grille d’entrée en noir, les volets plus foncés et toujours ouverts, une table sous l’arbre. Et tous les petits désordres d’un été vivant : la 4L vert écolo de mon oncle, garée en plein milieu de l’allée, le barbecue rond sur ses trois pattes, encore gras des saucisses de la veille, le vélomoteur aux sacoches entrouvertes sur des baguettes qu’un courageux était allé chercher pour le petit-déjeuner…

J’ouvre les yeux : la Maison a gagné en distinction ; mais n’avait-elle pas plus de charme quand tous les rebords des fenêtres pavoisaient sous les étendards des serviettes de plage bariolées qui n’en finissaient jamais de sécher, raidies de sable et d’eau de mer ?

Non, refermons les yeux.

Un autre instantané : trois enfants, peau saturée de soleil, sont en attente derrière la grille : la camionnette du marchand de glaces ambulant va passer ; on recompte les pièces de monnaie serrées dans la main pour savoir si on en aura assez pour une « à deux boules ». À côté, un grand chien débonnaire, en attente aussi : lui, c’est plutôt l’ouverture de la grille qu’il espère : au hasard du choix des glaces, une possibilité de fugue, peut-être, la liberté, c’est si bon !

Je ne peux guère rester plus longtemps planté devant cette maison ; quand je la regarde en face, je sens bien qu’elle est devenue un peu hautaine, que ses nouveaux propriétaires lui ont fait croire qu’elle était une demeure bourgeoise de haut standing. Je prends une photo en catimini. En réalité, son laisser-aller d’antan lui seyait mieux. Elle gagnerait beaucoup, à mon avis, avec quelques vélos d’enfant sur la pelouse, un ballon oublié sur le perron, des tongs devant la porte, et même pourquoi pas, une piscine gonflable sur le côté, pour que les tout-petits pataugent en attendant l’heure de la plage ? Tiens, j’y pense : un portique et une belle balançoire où les trois enfants amateurs de glace s’envolaient vertigineusement vers le ciel : ça, c’était la grande vie !

Je repars. J’enverrai la photo à ma mère. Elle dira : « c’était mieux avant ! ». À son âge, c’est normal tout lui semblait mieux avant ! Mais au mien ?

22 ans d’absence

Par Adrienne

jeu 12Quand il est arrivé devant la grille, il a bien reconnu la maison. Bien sûr, tout avait été refait à neuf, les vieilles pierres rejointoyées, les volets peints en bleu – à l’époque, ils étaient de couleur sombre – et la vieille grille rouillée remplacée par celle-ci, qu’on pouvait solidement fermer sans avoir recours au cadenas, comme autrefois. Mais jamais on ne le mettait et la grille restait entrouverte jour et nuit.

La cloche à l’entrée avait disparu et l’arbrisseau de la cour était devenu un beau grand chêne qui avait poussé bien droit. Son grand-père l’avait planté à l’occasion de la naissance de son unique petit-fils. Le massif de roses qui faisait la fierté de sa grand-mère avait été remplacé par une banale pelouse.

Tous les volets étaient clos malgré l’heure avancée de la journée mais l’herbe fraîchement tondue indiquait une présence humaine. Ni sonnette, ni boite aux lettres, il se demandait comment faisait le facteur. Et lui, qu’allait-il faire ? Allait-il révéler sa présence ou s’en aller comme il était venu ?

Après 22 ans d’absence, il n’avait revu aucune tête connue en traversant le village et personne de ceux qu’il avait croisés n’avait semblé se souvenir de lui non plus.

En haut, derrière la fenêtre de gauche, il crut apercevoir un visage qui l’observait.

– Marie !

Il avait l’impression d’avoir crié… pourtant il n’était sorti de sa gorge qu’un son étouffé.

A l’instinct !

Par Lily

jeu 12

La camionnette crachota en s’arrêtant le long du trottoir. Le jeune passager était aux aguets, les yeux grand ouverts et des jumelles autour du cou.
– Voilà petit, ta formation commence maintenant. Tu vois le portail bleu ? La maison au fond ? Je l’ai repérée il y a quelques jours déjà, et pas de mouvement, pas de voiture, volets fermés.
– Ok.
– Tu prends des notes ?
– Oui monsieur !
– Euh tu sais gamin, c’est pas le genre de boulot où il faut prendre des notes, c’est plutôt à l’instinct tu vois. M’enfin, je continue à t’expliquer mais t’attends pas à ce que je ralentisse pour que t’aies le temps d’écrire. Faut pas déconner.
– Ok !
– Donc, volets fermés, environnement calme, rue non passante, tous les éléments sont là pour être rassurants. T’as des questions ?
– Bah, je suis pas sûr… Mais il y a des volets à la porte d’entrée, et ils sont ouverts… On doit en déduire quelque chose ?
– Non, c’est juste esthétique, je sais pas. C’est nul comme question gamin, réfléchis avant de parler, qu’on gagne du temps. Par exemple, pourquoi on choisit cette maison et pas une autre ? Ça c’est une bonne question, et je vais te répondre tout de suite : la maison est belle et bien entretenue. Ça veut dire d’abord que les proprios sont riches, et aussi qu’à l’intérieur ça doit être bien fourni, de valeur et rangé.
– Ça ne pourrait pas être un piège ? Genre beau à l’extérieur, pourri à l’intérieur ?
– C’est encore stupide comme question. Si t’es rusé, tu fais le contraire, personne n’est attiré par une maison moche, on se dit tout de suite qu’à l’intérieur ça ne doit pas être folichon.
– Mais si c’est un piège des flics ?
– Un piège des flics ? Tu crois qu’ils ont les moyens d’avoir une maison comme ça juste pour tendre un piège ? La vie ne tourne pas autour de nous tu sais, les gens s’en foutent et les flics aussi, tant qu’il ne se passe rien. C’est après qu’ils vont installer des alarmes, des caméras et tout. Une fois qu’on aura agi et on sera très loin.
– Je peux pas trop partir loin moi.
– T’inquiète, je te ramènerais chez toi. T’as l’air tellement bête que je pourrais te déposer devant le commissariat que tu ne saurais pas leur raconter ce qu’il s’est passé.
– T’es pas cool avec moi patron ! J’apprends, c’est normal que je ne sois pas au point dès les premières heures !
– Mais depuis quand tu me tutoie toi ? C’est la fête là ?
– Je tutoie quand on me tutoie mais si tu veux on repasse au vouvoiement.
– Nan c’est bon, faut pas déconner gamin, je vais pas te vouvoyer.
– Bon on perd du temps là, patron, et c’est pas conseillé, non, de traîner dans les parages ?
– T’es con gamin, on est en pleine journée, personne n’est là, on est tranquille. Bon là on doit décider du jour. Alors tu vois, c’est le week-end qui arrive, les voisins seront chez eux, donc on doit attendre la semaine prochaine, on n’a qu’à dire mardi.
– Et comment on sait qu’ils ne seront pas revenus ?
– Parce que ça fait une vingtaine de jours, et qu’il y a des paliers : 3 jours, 7 jours, 10 jours, 14 jours, 21 jours, 1 mois. Par exemple si ça fait 4 jours qu’une maison, on évite de choisir le 7ème jour. C’est plus prudent. Et plus c’est long, plus on est tranquille. Là ça fait 20 jours, on en conclu que soit ils rentrent demain, soit on a une semaine de rab’.
– Je dois amener une cagoule ?
– Une cagoule ? Pour quoi faire ?
– Me camoufler ! C’est pas une bonne idée ? Dans le noir ? Une cagoule noire ?
– Mais quel noir ? De quoi tu parles ?
– Le noir de la nuit, le noir des ombres…
– Mais on ne va pas revenir la nuit, tout le monde va nous entendre arriver avec la camionnette, et puis quoi, on va s’empaler sur la grille, et si vraiment t’es une buse, on pourrait même te retrouver chez le voisin parce que tu te serais perdu. Dans le noir…
– La journée alors ?
– T’es malin gamin, si c’est pas la nuit, c’est la journée. Effectivement. En début d’après-midi, les vieux font la sieste, les autres sont au travail, c’est parfait. On dit mardi 15h ? Tu sais retenir un rendez-vous ? Tu ne le marques pas sur ton carnet ça hein !!?
– Oui, oui, ok ! Mais je pense que ça ne va pas marcher.
– Pourquoi ?
– Parce qu’ils rentrent de vacances lundi soir, et qu’on aura pas eu le temps de s’en rendre compte. Et qu’on va juste passer devant la maison, volets ouverts, et tu vas me dire que c’est raté pour cette fois, que c’est trop tard. Je te le dis, patron, juste parce que dans le cadre de ma formation je préfère qu’on ne traîne pas, l’occasion ne se représentera pas, alors je propose qu’on fasse ça cette nuit. Avec des cagoules si c’est mieux.
– Comment tu sais qu’ils rentrent lundi soir ?
– Parce que c’est mon copain Tom qui habite dans cette maison, et il me l’a dit.
– Tu plaisantes ? Tu comptais m’en parler quand ? Et t’étais prêt à cambrioler la maison d’un de tes potes ? Mais t’as aucune morale ou quoi ?
– Le boulot c’est le boulot, je serais allé le consoler après. Faut savoir ce qu’on veut dans la vie, et normalement, si je deviens un bon professionnel, je pourrais cambrioler mes amis ou même ma famille sans me faire griller. Voire même ma propre maison, mais je n’ose pas y penser, c’est prématuré, je ne suis qu’au début de ma formation.

Maison de caractère à vendre

Par Marisa

jeu 12

Maison de caractère à vendre

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« Tiens ! La maison est à vendre… »

Une immense pancarte défigure le mur d’enceinte en pierre aux couleurs de la Provence.

Combien de temps cela faisait-il que j’avais quitté cette demeure chargée de tant de souvenirs heureux ?

Mon cœur se serre tout à coup.

Ma mémoire défaille et je reste un moment qui me paraît interminable plantée devant ce portail clos qui me refuse l’entrée au cœur de mes joies et douleurs.

Le soleil n’irradie pas ces lieux autrefois enchanteurs et les persiennes closes comme mes paupières en cet instant où mon coeur bat la chamade se sont refermées sur ma peine et mon désespoir.

Je me revois dans le jardin arboré plantant des myriades de fleurs, marchant sur les gravillons de l’allée crissant sous mes pas pressés impatiente de me jeter dans ses bras aimants, nos soirées au coin du feu de cheminée blottis l’un contre l’autre, …

Non, malgré ce que j’ai cru, la blessure n’est toujours pas refermée et j’en vis la cruelle révélation. Le temps n’apaise pas les âmes brisées, il recouvre d’un voile opaque les blessures comme un meuble que l’on voudrait protéger de la poussière. C’est pour mieux en conserver l’intensité qu’il repose en attendant d’être retiré pour en inspecter l’état.

La boucle est bouclée et ce petit nid douillet couvrira de chaleur d’autres amour, d’autres passions assassines…

A l’âge tendre des amours qui s’essaient aux jeux interdits, aux passions, aux frissons, je me suis brûlée les ailes, voilà plusieurs années. Son visage m’apparait dans un flou artistique mais des bribes de lui subsistent comme ce délicieux parfum dont il se parait au matin après s’être rasé. Parfois cette même odeur infiltre mes narines au passage d’un inconnu croisé dans la rue. Comment pourrait-il imaginer l’effet qu’il produit sur moi au moment même où nous nous faisons face ?

Non, ça n’était pas lui mon prince charmant…

Une idée folle me traverse, acquérir ce bien histoire de récupérer un peu de ce passé, de me rapprocher de lui.

Je me ravise, pourquoi rouvrir la plaie et la nostalgie ? La page que j’ai tournée ne doit pas être relue mais le livre doit s’écrire au présent avec des mots couverts d’espoir parsemés de bonheur et d’amour avec parfois quelques ratures, mais la vie n’est-elle pas faite d’expériences et d’éternels recommencements ?…

Un léger vent vient balayer quelques mèches faisant un barrage sur mon visage, machinalement je les écarte, respire à plein poumon l’air embaumé des fleurs printanières et tourne les talons en direction d’un avenir ensoleillé rempli de promesses.