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    Auteur : Dame Ambre ©Plumedambre

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    Un atelier particulier à partir de vos photos, vous avez quelques semaines pour participer. Pour en savoir plus
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Plus un qui font 8 : les participations

Liste des participations (article mis à jour au fur et à mesure)

  1. Sans titre par Petitgris
  2. Allongée, alanguie… par EasyLeChaton
  3. Le curieux paradoxe de la cacahouète par Monsieur Normal
  4. Sans titre par Toxiclectrice
  5. Le petit voleur de BD par Oncle Dan
  6. Les chutes et les ombres par Filamots
  7. Lettre à ma famille Burkinabé par DOM
  8. Ainsi va… par Lizly
  9. Ma Place par La Voyageur
  10. Petite par Lullaby
  11. Une sacrée bonne idée par La Plume et la Page
  12. Un jour de grandes poussières par Jean-Jacques
  13. Il ne partira qu’avec le dernier par Izzie Mamour
  14. Ma participation au jeu d’écriture par Lew

Ma participation au jeu d’écriture

Par Lew
Il était là, assis sur son banc à regarder les passants passer, les jupes des jeunes femmes qui volaient au vent, les ourlets des pantalons bien taillés des hommes qui trainaient sur le sol, les glaces des enfants sortant du parc tombées sur le pavé… Les ombres des arbres que projetait le soleil sur la route, la brise fraiche qui secouait les branches… Les gens qui entraient et ressortaient des magasins parfois seulement une heure après, les bras chargés de sac. Il souriait assis sur son banc. Parfois un petit groupe de collégiens venaient s’assoir à côté de lui pour finir leur sandwich, ou le commencer. Ils fumaient aussi, beaucoup.
Oui il était là, assis depuis des heures et des heures. Les gens le regardait, parfois les yeux vides, comme s’ils ne le voyaient pas, et parfois plein de haine. Ce fut le cas d’un homme. Un homme au ventre rebondit, qui mâchait un truc non identifié tout en téléphonant. Alors l’homme du banc se leva et sa chemise blanche sembla briller au soleil. Il fit un signe à l’homme au téléphone et ce dernier regarda autour de lui, incrédule. L’homme du banc insista et l’homme au téléphone avança, méfiant, son visage tordu d’énervement. L’homme en blanc sourit, son sourire se découpant sur sa peau foncé alors que l’homme au téléphone semblait se poser de plus en plus de questions. Il raccrocha même, marmonnant une excuse avant de ranger son outil au fond de la poche de sa veste. L’homme en blanc attendit, et quand l’homme au téléphone fut assez prêt il lui dit :
_ Vous avez une femme. C’était elle au téléphone. Mais vous la trompez ! Avec une blondinette de vingt ans votre cadette. Ce n’est pas joli, pour un avocat, monsieur, de tromper sa femme.
Par Lew
L’homme au téléphone sursauta, écarquilla les yeux, maintenant aussi rond que deux billes. Puis son visage se tordit dans un rictus de colère noire, il s’apprêtait à hurler, à demander qui était cet homme qui semblait connaître sa vie, son secret, ce qu’il faisait… Le surveillait-il ? Et pour le compte de qui ?! D’un ancien client mécontent peut-être ? De sa femme ?!
Mais l’homme en blanc ne lui laissa pas le temps de parler. Non. Il lui mit une main sur l’épaule, le déstabilisant, puis il murmura quelques mots que l’homme qui trompait sa femme ne comprit pas. Puis soudain il eut très envie d’aller aux toilettes. Sans savoir pourquoi il le dit à l’homme en blanc qui lui indiqua le gros chêne. Il y a alla. Dans la rue personne n’avait attention à eux, il n’y avait que des gens pressés. L’homme en blanc sourit encore, content de lui comme un enfant qui a réussi à avoir de ses parents l’autorisation de manger des bonbons. Des bonbons… du réglisse ! Les meilleurs ! Soupirant d’aise il alla se rassoir. Des enfants sortaient du parc et il entendit une petite fille dire :
_ Maman ! Maman regarde il y a un livre par terre !
L’homme en blanc se releva et alla vers la mère et sa fille.
_ Oh il est à moi, j’ai dû le faire tomber quand j’ai sorti les livres de la camionnette (et il désigna de la main les étagères plaines de livres qui prenaient une partie de trottoir).
La mère de la fille prit le livre, un gros livre d’un peu moins de mille pages. Pas d’auteur, juste un pseudo : « l’homme au téléphone » et il titre en noir sur une couverture blanche avec une femme et un homme dans un lit, recouvert d’un drap rose bonbon : « Lui, elle, et sa femme » c’était le titre. La mère de la petite fille tendit le livre à l’homme qui la remercia et alla le ranger sur une étagère entre un petit recueil de nouvelles « Les Aventures de Lola » et une encyclopédie : « La bibliothécaire ». Puis il prit son tabouret, entre l’arbre et la rangée d’étagère, et le posa sur la route, devant l’étalage de livres qu’il parcourut pensivement du regard. « Frittes et steak haché », son préféré ! C’était un ado gros, gras, qui l’avait regardé comme s’il était une créature du diable et qui mangeait, qui gobait un steak fritte tout en marchant. Il n’avait pas pût s’en empêcher… Plus loin sur la droite, sur l’étagère des contes pour enfants : « La Lune et la poule » une enfant de riche qui lui avait jeté à la figure un regard dédaigneux. Elle montrait la Lune et avait une poule sur son T-shirt quand elle était passée devant lui. Il resta longtemps comme ça, à passer en revu sa collection. Puis la nuit tomba, il rangea tout dans sa camionnette et rentra chez lui.

Il ne partira qu’avec le dernier

Par Izzie Mamour

Enfant il n’aimait pas lire. Son enfance a été marquée  par l’ennui. De longues journées qui se traînaient, sans partage, sans rire. Sans bruit.
On pourrait dire, propices à la lecture, aux rêves, qui occupent l’espace, le vide. La tête, le cœur. Qui nourrit son corps.

Alors, maintenant il a peur, il regarde toujours les livres de loin. Ces volumes qui prennent toute la place chez lui. Qui l’étouffent.
Il a longtemps hésité mais aujourd’hui il s’en sépare. Sur ce trottoir, prenne qui voudra.

Il ne partira qu’avec le dernier.

Au fur et à mesure du vide qui remplace chaque livre, il revit  les impressions de lectures, le souffle, le geste qui a porté les mots et les images. Celui-ci c’est sa première amoureuse qui le lui a offert. Ce sont des poésies, il les lui lisait après l’amour, nus sous le drap froissé.

Celui qui vient de trouver preneur est un recueil de nouvelles érotiques. Il ne les a jamais lues seul. Un petit pincement à son cœur d’artichaut et ça passe. Ses livres sont ses anciennes amours, chaque livre caressé comme la peau douce et parfumée de sa dernière maîtresse. Comme son souffle qui s’éteint à son oreille, ce geste suspendu à son plaisir.

Maintenant, il espère retrouver sa solitude, une nouvelle sensualité, la découverte de lui-même. Sa vraie vie, sans attaches, sans entrave. Il a déjà tellement vécu, tellement partagé.

Quelqu’un remplira sa vie en vidant la sienne. Il a besoin de ce vide, de faire table rase. Ôter un à un les oripeaux, marques du passé. Tout ça lui colle trop à la peau, comme avant l’orage, quand l’air est moite. Il sait que chaque livre l’éloigne un peu plus de sa vie. Chaque cession l’en rapproche.

Enfin il peut se reconstruire, repartir, réinventer sa vie, celle qu’il veut. Peut-être l’écrira-t-il finalement. A la main, sur un petit cahier sans lignes.


Il ne partira qu’avec le dernier.


Le prochain fera neuf

On y est. Avec un petit jour de retard pour cet article de clôture, certes, mais on y est.

Un nouveau jeu se termine et me permet de vous remercier pour votre présence, votre participation, votre soutien (ici et là-bas), vos mots.

Merci, merci, merci à Chouyo pour ce cliché qui nous a fait voyager.

On lui a prêté plusieurs continents. Pour les curieux, elle a été prise à Cuba il y a quelques années par notre globetrotteuse de photographe.

Parfois les formules les plus courtes sont les meilleurs alors je vais en rester là, vous dire à très vite dans les commentaires et à bientôt peut-être pour un 9e jeu d’écriture(s).

En attendant, ne lâchez pas vos claviers. Baieta en toui.

Un jour de grandes poussières

Un jour de grandes poussières 
enfin ni plus ni moins qu’un autre jour
finalement.
Ou alors,
un jour d’allez savoir pourquoi.
Vous en avez connu  de ces jours, j’en suis sur…
Donc,
résumons-nous:
 Un jour comme un autre mais tellement différent,
cependant.
Il décida (sans lui demander son avis d’ailleurs)

de sortir sa bibliothèque à ce grand jour.

Celle ci, qui s’était habituée (depuis le temps..) à la pénombre et au silence
en fut véritablement et  profondément troublée
Elle commença par rougir de la rangée du bas à la reliure du haut,
puis manqua de s’étouffer, pensez donc,  trop d’air d’un coup
et enfin intimidée, apeurée, déboussolée…
affolée et ne sachant dans quel sens de l’Histoire se tourner
elle s’emberlificota tellement  les phrases
qu’elle en  attrapa
oui, c’est bien ça,
elle en attrapa:
 une extinction de mots.
son propriétaire en fut légèrement décontenancé.
il se doutait bien pourtant  que ses livres peu habitués à la lumière naturelle  ne seraient  pas franchement ravis d’être exhibés ainsi à la vue de tous…
mais de là, à faire ce genre de dépression littéraire!!!
il y avait de quoi, être grandement surpris.
De nombreux badauds qui badaient
ravis d’un spectacle peu courant en ces temps où l’écriture
en vers et contre tout perdait peu à peu pied au profit d’une image omniprésente et saccadée,
se rapprochèrent intrigués de rayonnages que la plupart  d’entre-eux découvrait  pour la première fois.
Quelques uns, plus téméraires  sans doute, commencèrent à toucher les livres, du bout des doigts, puis,  ils prirent de l’assurance poussés en cela par les autres, de plus en plus nombreux derrière eux
et
peu à peu les volumes se laissèrent approcher, caresser, éplucher, découvrir…et ronronnant d’un plaisir inconnu, ils ne purent se retenir et…
 jouirent en plein milieu de leurs spectateurs éclaboussés
et avides de sens interdits.
Le lendemain, sur le grand boulevard bordé d’arbres majestueux,
il ne restait aucune trace des débauches de la veille
sauf un livre, un seul oublié, perdu… dans la précipitation,
Il  gisait  au bord du caniveau, le coeur battant
mais si faiblement…
que le bibliothécaire le releva avec des gestes délicats et mesurés.
C’était: » Le traité de savoir vivre à l’usage des jeunes générations« .

Une sacrée bonne idée

Par La Plume et la Page

Rosie ne pouvait pas emporter tous les livres qu’elle avait accumulés pendant tout le temps passé à Lusaka. Elle cherchait comment s’en débarrasser. La solution était de les donner à la bibliothèque de la Communauté Saint Lawrence mais les étagères étaient déjà pleines à craquer et ils en avaient en double. Elle ne pouvait pas décemment consacrer un de ses bagages aux seuls ouvrages. C’était pure folie. Elle n’aurait de toute façon pas la place de les stocker chez elle à Bristol. Son appartement était petit et les livres tapissaient déjà les murs de plusieurs pièces. Ses élèves lui en prendraient peut-être quelques uns mais c’était peu sur la totalité. Elle ne se voyait pas jeter le reste.

Puis, une idée lui vint. Le père de l’un des petits auxquels elle donnait des cours ne savait pas quoi faire de ses journées. Elle allait lui donner du travail. Rosie la bonne fée allait faire cadeau de ses livres à Mumba et lui assurer ainsi un revenu pour nourrir les siens. S’il choisissait un emplacement judicieux au coeur de la ville, il aurait des clients, ça ne faisait aucun doute. Les jeunes étaient avides de connaissances. Ils étaient de plus en plus nombreux à franchir les portes de l’université. Oui, c’était une sacrée bonne idée qu’elle avait là.

Petite

Par Lullaby

Elle est partie, ma petite, elle ne reviendra plus. Je me souviens, quand elle était enfant, quelle était sa joie de me tenir compagnie des heures entières… Elle attrapait le premier livre qui l’attirait, souvent par une couleur, quelquefois un mot qu’elle reconnaissait, quelquefois une image, et elle me demandait de lui en lire des extraits. Elle s’asseyait sur mes genoux et ensemble, nous parcourions quelques pages. Elle observait un silence religieux en observant mes lèvres bouger. Je levais de temps en temps les yeux des pages pour avoir le bonheur de tomber sur son regard émerveillé, parfois sur un sourire inconscient. Je n’aimais rien plus que ces heures pendant lesquelles elle n’était qu’à moi, ces moments de pur partage égoïste. Plus tard, quand elle savait lire, elle continuait son rituel de choix parmi les étagères poussiéreuses de mes livres dépassés. Elle s’installait tout près de moi sur son tabouret et je ne me lassais pas d’entendre ses doigts tourner les pages, puis sa voix douce me raconter ce qu’elle avait lu.

C’était il y a bien longtemps et en même temps, c’était hier. Elle a grandi, ma petite. Elle a fui le parc pour la ville, les livres pour les amies, notre bulle pour leur complicité. Elle ne vit plus nos moments, mais elle en ressortira le souvenir plus tard sans doute, je l’espère. Alors j’attends, moi, le jour où elle viendra s’asseoir près de moi et me dira de sa douce voix : « tu te souviens, papa ? »

Ma place

Par La Voyageur

Il avait toujours aimé les livres.

Seul moyen de s’évader un peu, de découvrir d’autres horizons, d’autres gens d’autres pensées.

Sa place était là, sur ce banc, à coté de son collègue.

C’est bien mieux que de travailler dans une librairie, ici on peu discuter à la fois avec un confrère et avec les clients. De plus la clientèle est internationale, dans ce coin touristique de l’Afrique on voit passer des Anglais, Français, Allemands…

Ce sont des gens sans prétention qui veulent juste un souvenir mais auquel ont peut vendre soit un beau livre d’images soit des bouquins plus profonds sur l’histoire ou la culture de la région. Même sans parler leur langue ce n’était pas très difficile, il suffisait de leur montrer deux ou trois livres on voyait vite quelle genre les intéressait.

Il n’était pas un vendeur né, il n’avait pas besoin de gagner des mille et des cent, il voulait juste vivre dans un environnement qui lui convienne.

En France c’était impossible de trouver un emploi dans une librairie internationale, même s’il était allé à Paris, il lui aurai fallu faire des études littéraire or il n’était qu’un autodidacte passionné et puis les clients sont un peu snobs.

Cet endroit était vraiment fait pour lui et étant son propre patron il n’aurait de compte à rendre à personne.

Tuuuûûût. On y va.

On a juste le temps de poser les valises à l’hôtel et de ressortir pour aller au repas-spectacle.

Et le rêve s’est brisé.

L’animateur le rappelait à la réalité. Il allait bientôt remonter dans le bus, poursuivre son voyage organisé.

Sa vie et ses loisirs ils ne les avais pas vraiment choisis.

Pourtant dans sa région on avait le choix! On pouvait être commerçant dans un des villages, être agriculteur ou travailler à l’usine d’à coté.

Mais lui rêvait d’autres chose, alors il lisait.

Finalement il a fait des études techniques. Il a une bonne place dans la maintenance à l’usine.

Cette photo sera la seule qu’il affichera dans son salon en souvenir de ce voyage.

Il se demandait bien ce qu’il répondrait si on lui demandait pourquoi il avait choisi celle la.

Ainsi va…

Par Lizly

Il est là. Bras et jambes croisés, dos infléchi, un cigarillo suspendu à une main nonchalante, installé au liséré de l’ombre des arbres, omoplates au soleil, visage protégé. Il a posé son panama par terre, juste à côté de son espadrille droite. Tête nue, il prend un coup de vieux. Les cheveux blanchis, peut-être. Ou ses yeux que ne déguise plus l’ovale du chapeau.

Il semble lancé dans un entretien silencieux avec le Che. Tout en regards. Si les oiseaux se taisaient, on les entendrait presque, papier glacé et peau burinée.

« – Nous pouvons douter de tout, sauf de notre devoir d’être toujours au côté des humiliés qui luttent.
– Je doute, Papa, je doute… »

Il biberonne son clope et chemine la fumée comme une vieille loco. De temps en temps, il cligne en direction du second tabouret en bois brut, comme une invitation à qui voudrait. A celui qui s’arrête, il peut évoquer l’après-midi durant l’un ou l’autre des titres en présentation ou bien adresser un silence obligé conviant à partir seul à la rencontre d’un livre.

Si vous lui plaisez, il vous fera un prix.
Si vous le lui demandez, il vous fera un récit.

Et quand la lumière virera au gris, que la journée tirera sa révérence, il chaussera son chapeau et remballera sa librairie éphémère pour la nuit.

Et demain, à l’heure où le soleil sera déjà haut, il s’assiéra à l’ombre, harponnera sa tabatière et choisira un visage pour mener une nouvelle discussion avec une photo glacée, il choisira une de ces couvertures au-delà desquelles il n’a jamais été, lui qui n’a jamais su lire.

Lettre à ma famille Burkinabé

Par Dom

Bien chers Tous,

 J’espère que vous allez bien et que le dernier paquet que je vous ai envoyé (avec les lunettes pour Papa (don du secours Populaire) lui permettent maintenant de lire un peu le journal et que Maman a moins mal aux genoux grâce à la pommade (cadeau du dispensaire, j’avais mal au poignet, mais maintenant c’est fini, je n’en ai plus besoin.)

 Comme je vous l’ai écrit dans ma dernière lettre, avec mon copain du Mali (celui que j’ai rencontré au Centre de détention, et avec qui j’ai partagé la chambre au Foyer, un peu plus tard, vous vous souvenez de lui ; il s’appelle Sambo), on a décidé, maintenant qu’on a la carte de séjour, d’ouvrir un petit commerce.

 Sambo, il voulait qu’on fasse les films vidéo piratés, ou les CD piratés aussi. Mais moi, je n’ai pas marché. Pas envie d’avoir des ennuis. Mon projet c’est plutôt le culturel. Tu te souviens Maman, que j’aimais tellement lire que M. Toussaint, l’instituteur, me disait que je finirais maître d’école, comme lui. Mais vous savez bien, comme moi, que les circonstances n’ont pas été favorables. Bon, on n’y peut rien.

Alors, je vous explique comment on s’est lancés : ici les gens sont riches, il y en a même qui consomment de la viande plusieurs fois par semaine. Une de leurs occupations est d’acheter dans les « brocantes » des objets que d’autres personnes ne veulent plus chez eux. Et après, ils organisent un « vide-grenier » pour revendre à leur tour ces objets, parce que ça prend beaucoup de place et ça ne sert à rien. Parmi tous ces objets, il y a beaucoup de livres : vieux, abimés, jaunis. Quand j’ai vu que pour quelques euros, on pouvait remplir la camionnette de Sambo, je n’ai pas hésité. (Il y avait même des livres d’école : j’ai pensé à toi, petite sœur, obligée à partager ton unique manuel scolaire avec les trois petites voisines…)

  Sambo, Kader et moi, on a passé plusieurs jours à bricoler des étagères avec des palettes récupérées sur un chantier. (Oui, ici, si personne ne prend les palettes, les ouvriers les brûlent, ils brûlent aussi les cartons, ils jettent les pneus et même les vieilles voitures…) On avait tellement pris de bois qu’on en a eu assez pour construire deux tabourets, comme ceux que vous avez devant la maison, où Papa et Maman s’asseyent pour passer la soirée au frais.

Une fois qu’on a eu l’autorisation de la mairie, (la mairie, c’est un peu l’assemblée des notables, ils discutent pour savoir si on peut construire sa maison à un endroit, ou bien si on peut s’installer pour vendre sur la voie publique, ou si on doit faire la manche ; ou bien si on a le droit de ramasser, au marché, les légumes et les fruits que les marchands jettent aux ordures et qu’on peut, à mon avis, tout à fait consommer ; c’est comique, mais quelquefois, on n’a pas le droit !) Quand on a eu l’autorisation, donc, on a mis nos étagères sur un trottoir, à côté d’un beau parc qui me rappelle le parc central d’Ouagadougou avec des grands arbres qui font de l’ombre. Bien sûr, en hiver, il faudra imaginer des abris en toile imperméable pour éviter que les livres s’abiment encore plus. Et pour nous aussi. Mais d’ici l’hiver, on aura peut-être gagné assez d’argent pour s’offrir une baraque en préfabriqué. Quoique pour l’instant, c’est pas terrible, ce qu’on gagne. Je ne sais même pas si on ne devrait pas donner congé de la chambre et dormir dans la camionnette. Ça ferait des économies et on pourrait surveiller la marchandise. (J’espère que les notables de la mairie n’y verront pas d’inconvénients. Après tout, ça ne dérange personne.)

Par le même courrier, j’envoie aussi les nouvelles à Nestorine. Ainsi que la photo, la même que la vôtre. Comme ça elle pourra la montrer au petit, quand il grandira.

 C’est bien dur d’être si loin de ses vieux !

 Et d’être loin de tous ceux qu’on aime….

 Mais, comme disait M. Toussaint, le Burkina Faso, c’est la République des hommes intègres. Des hommes courageux.

 Votre fils qui pense à vous.

PS : Sois tranquille, Maman, je ne ferai pas la manche. Et toi Papa, occupe-toi de Nestorine et du petit. Il faut que cet enfant sache à quelle famille il appartient.