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Mon frère (atelier n°1)

Participation de Marisa

 

jeux enfants fontaine mainsT’en souviens-tu ô mon cher frère ?
Main dans la main sous une myriade de perles de pluie, nous jouions dans cette étendue mouillée presque seuls au monde.
Je ne te quittais pas des yeux et t’entourais d’une bienveillante sécurité.
Pourtant parfois, tu aurais bien laissé choir cette chaine fraternelle pour courir vers l’inconnu, mais tu savais que tu n’étais pas prêt, pas encore.
Courant prudemment, nous sautions dans les flaques essayant d’obturer de nos pieds les jets d’eau jaillissants du sol jusqu’à provoquer un éclaboussement spectaculaire qui inondait notre peau ébène.
Quelle merveille, nous étions libres, sans entrave vestimentaire, juste sous le regard fier de nos parents bienveillants. C’était avant….
Nous prenions toutefois garde à ne pas glisser ou trébucher sur ces embûches que la destinée pose sur nos chemins.
L’insouciance de l’enfance est bien loin maintenant et je ne tiens plus ta frêle petite main.
Cette complicité, ce lien du sang t’en souviens-tu encore, toi devenu grand ?
Un beau jour tu as pris ton envol, comme on prend la vie à bras le corps et je t’ai subitement perdu de vue comme lorsque nous jouions à cache-cache.
T’en souviens-tu mon frère ?
Tu voulais t’engager pour une cause juste, guidé par une foi inébranlable, Dieu te l’intimait !
Trop confiant en la parole des hommes, tu ne voyais pas qu’ils mentaient, utilisant des bonnes paroles pour distiller leur venin éhonté.
Toi, trop gentil, pas assez fort, juste sorti de l’enfance, tu rêvais de royaume et de grandeur.
Ils t’ont mené où ils voulaient et ta naïveté leur a servi, faisant de toi un meurtrier apatride et sans foyer.
Ces souvenirs d’enfance me sautaient au visage et à la gorge, mes mots étranglés de n’avoir pu sortir pour te dire de rester, de ne pas t’enfuir.
Je reste là, devant cette horreur que les médias diffusent sans vergogne et qui, sous couvert de l’information, se font, misérables, les porte-paroles de criminels et d’extrémistes anonymes.
J’aurais voulu crier : « Pourquoi tant de haine et d’intolérance ? ».
Mes yeux s’embrument mais aucun son ne sort de ma bouche. A quoi bon !
Je ferme les yeux, il me semble entendre ton rire…
Soudain je sens tout mon corps se remplir de compassion pour le genre humain et je formule secrètement un vœu : «  A mes frères, voici mon amour inconditionnel, je vous l’envoie, qu’il vole jusqu’à vous pour former un halo protecteur et aimant afin de changer cette haine et cette peur qui vous habitent, en amour et en tolérance pour votre prochain. »

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1 commentaire

  1. renosylem

     /  9 mars 2016

    J’aime l’histoire que tu nous raconte, et le discours de ton personnage. Il y a des moments de grâce dans ton texte 🙂

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