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Le curieux paradoxe de la cacahouète

Par Monsieur Normal

Pas de marche arrière possible. J’ai vendu, jeté, emballé, donné tout ce qui m’appartenait le jour où j’ai enfin décidé d’entreprendre ce voyage… sans un instant imaginer alors à quel point plus rien ne serait jamais comme avant. C’est en posant pour la première fois le pied sur cette terre étrangère que j’ai clairement senti que la déchirure était accomplie, la rupture totale. Aucun retour envisageable. Le coincé, le lâche terrorisé par le moindre changement, le casanier, le routinier, le frileux, celui que je croyais être s’était éloigné. La mue morte abandonnée sur le bord de la route disparaît par la fenêtre. J’ai tourné la tête, regardé ailleurs. J’ai vu autre chose, j’ai découvert quelqu’un d’autre. Celui que je quittais n’était pas moi, juste un rôle qu’il me paraissait pratique de jouer. Je me demande encore comme j’avais pu m’ankyloser sur ce personnage ? Ça rassurait un peu tout le monde, et moi en premier qui avait fini par arrêter de me demander tous les matins en chancelant devant le miroir de la salle de bain :
– Bonjour, mais qui es-tu aujourd’hui ?
Je m’étais persuadé, dans cette autre vie, que c’était moi, cette tête blasée, mal réveillée. Je trouvais ça normal vu qu’une autre journée pourrie recommençait. Tout était raccord. Je voyais l’univers entier tristement morose et immobile sans m’étonner une seconde d’être quand même obligé de courir toute la journée pour rester dans le cadre.
Je n’avais pas complètement tord, quelque chose ne bougeait pas. Mais ce n’était pas le monde autour de moi, c’était moi, le gesticulant immobile.
– T’es sûr que ça va, tu vas pas faire une connerie au moins ? S’inquiétaient mes amis quand je tentais de trouver en eux un appui, l’ultime validation de mes choix singuliers, un poids supplémentaire pour m’aider à boucler la vieille malle pleine de mes vieilles habitudes qui peinait à se refermer, qui rechignait à se voir stockée au grenier que personne ne visitait.
Maintenant je comprends mieux leurs réticences, c’est qu’ils étaient eux-même compris dans l’inventaire de ce bagage restant. Je n’osais partager avec eux cette réflexion tordue :
– Et si planter solidement en terre les piquets de notre indéfectible amitié, c’était vouloir conforter nos choix, symboles bancals du statut d’individus libres, conscients et autonome en oubliant vite qu’entre ces piquets, on pouvait aussi tranquillement baliser un pré carré de barbelés ? Ce que j’aurais appelé l’identité prison qui isole plus qu’elle ne défini.
Mais je n’arrivais jamais à partager ces hypothèses, tentatives de réflexions. J’avais toujours eu du mal à parler la bouche pleine, pleine de ces poignées de cacahouète que j’ingurgitais lors de la plus haute de nos activités humaines, l’apéro. Je souriais seul, c’était la  nourriture préférée de nos cousins les primates.
– Ben qu’est-ce que t’as à te marrer la bouche pleine ?
– C’est à cause du curieux paradoxe de la cacahouète !
– ???
– Non, rien, juste une connerie au taf aujourd’hui…

Le taf aujourd’hui, le taf aujourd’hui, le taf aujourd’hui…
Cette phrase résonne dans ma tête, tourne en boucle en grossissant. C’est comme une lame de fond qui monte de l’inconscient. Pire, il me semble l’entendre vraiment, de l’extérieur de moi-même ! Le taf aujourd’hui, le taf aujourd’hui !
Mais taisez-vous !
Par qu’elle magie me parle-t-on ?

– Hé ! T’as pas du taf  aujourd’hui !
– Hein ??? Je… Quoi ?
– Non…! Tu dormais devant ton écran ?
– Mais… Heu… Ah ! Non pas du tout, non non, t’as tout faux, je réfléchissais au choix de l’illustration de demain.
– Tu dormais !

Punaise, faut que j’arrête de mater les photos de Chouyo au bureau moi.
Vont finir par me virer…

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7 Commentaires

  1. Pas mal comme angle d’écriture. Tu t’es placé à l’extérieur, en dehors. Finalement pas trop impliqué ? Ah si ! Par la photo de Chouyo. 😉

  2. monsieurnormal

     /  18 mai 2012

    Je trouve ça bizarre d’assimiler le désir de changement, d’évolution, de voyage suscité par une photo à un manque d’implication ? Et si le « héros » essayait de reconnaitre le fait qu’il s’est lui-même placé à l’extérieur de sa vie, de ses vraies aspirations ? La photo a semé une graine. Nul ne peut dire quand (et si) elle va germer. Mais pour juger du vrai « finalement » il va falloir patienter un peu.
    En attendant, merci d’avoir pris le temps de lire et commenter !

    • Le mot « implication » n’était pas écrit dans un sens littéral. Je ne me serais pas du tout permise d’émettre un tel jugement. J’ai pas vu ce commentaire à l’époque, et mon esprit tortueux aura pris un tout autre chemin pour vouloir dire autre chose. Zut alors ! Je ne m’en souviens plus. Cela n’avait rien avoir avec l’auteur du texte. C’est nul que je ne me souvienne plus. J’aimais justement bien l’angle et surtout ta façon d’écrire. Bref, je ne me souviens plus, c’est donc pas la peine d’essayer, mon cerveau ne retrouvera pas le chemin. Je râle pour le coup d’avoir écrit quelque chose d’aussi incomplet.

      • Les commentaires sont rares donc à chérir ! Le tien était original et a nourrit l’échange… et c’est tout ce que je cherche.
        Mission accomplie, pas la peine de râler !

  3. J’aime bien cette idée de la photo qui dépose une graine, qui chatouille le personnage, qui le pousse du coude. Après tout, ce personnage ressemble à beaucoup d’entre nous.

  4. Tu es parti de la photo pour evoquer une réflexion et j’adore ca. Cette photo grouille tellement de details, que je trouve interessant de s’en detacher. Et le titre fait parfaitement le lien, je trouve, entre le heros et l’homme de la photo, car on imagine bien ce dernier avoir le même recul sur la nature humaine et le monde.
    Bref, je trouve ca plutot rondement mene !

  5. COSTE

     /  6 août 2012

    J’ai aimé, j’ai aimé même deux fois. Je l’ai relu, pour ne rien laisser passer. Ces phrases, ces mots ont fait écho en moi, je les ai fait miens, désolée pour le vol, juste le temps de deux lectures. Je crois que j’ai aimé car j’aurais aimé les écrire… J’aime qu’on m’emmène les yeux fermés vers un lieu que je ne découvre qu’à la fin. Bravo

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