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Un voyageur est passé

Par Monsieur Normal

     Les voyages interstellaires m’ont toujours fascinés. Le charme de leurs nuits sans fins. Le calme imposant des galaxies inaccessibles. Le vertige, perdu dans l’infini et la joie de voir enfin surgir une planète, extirpée du noir insondable, du vide récurent.

     J’avais donc opté pour une carrière dans l’exploration, la plus prestigieuse, celle des univers inconnus, occultant bêtement par excès de confiance un facteur important de ces missions longues, la monotonie. Quoiqu’en elle-même la monotonie ne me dérange pas plus que ça. Mais j’avais vraiment minimisé son cortège de névroses qui accompagne irrémédiablement le voyageur imprudent, mal préparé et manquant cruellement d’expérience.
     Il faut dire que sur ma planète nous avons un gros problème quant à la qualité de nos formations. Tout est fait dans l’urgence pour faire face à d’insolubles problèmes de pollution, de surpopulation et j’en passe… qui gangrènent notre monde. Tout ça aggravé par des bureaucrates qui n’ont jamais envisagé d’autre tactique que la fuite en avant.
   Ce qui soyons clair m’arrange largement. Un recrutement cohérent m’aurait définitivement privé du privilège de piloter un de ces fleurons de notre flotte spaciale.
   Mais si j’avais imaginé une seconde les soucis que le manque de pratique dans l’échange verbal avec mes semblables allait m’infliger, j’aurais réfléchi à deux fois…
   Un matin donc, une alarme, un voyant vert, j’ai su que je touchais au but, la Terre était en vue. Jusqu’au bout je me serais largement reposé sur notre technologie. Et les résultats d’analyses étaient formels, j’aurais toutes les chances d’avoir un premier contact constructif et sympathique avec les habitants de cette superbe contrée en me rendant au Café des Voyageurs Immobiles, 12 rue des Trois Conils, 33 Bordeaux.
   Le plan était simple, j’étais très enthousiaste. Un peu trop pressé peut-être ?
   Car à peine franchi le pas de la porte de l’établissement, j’ai senti mes épaules faiblir, s’affaisser. Des femmes, des filles, des dames attablées, affichées, partout. L’une d’elle, plus sévère, debout derrière un immense comptoir, à qui je montre une bouteille. L’immensité ça allait, c’était mon métier. Elle me sert en souriant finalement devant mon air de touriste un peu perdu. Et je réussi à m’attabler, à entamer mon verre tout en me laissant aspirer par un fauteuil gigantesque. Je compense ma petite taille par un sang froid à tout épreuve. Qui n’est évidemment qu’une façade mais qui le sait ?
   Et je réfléchis, beaucoup, tout le temps, trop dit-on.
   Et là je dois avouer que je suis dépassé.
   Il n’y a aucun lien, aucun rapport entre les représentations picturales affichées au mur et les personnes qui m’entourent. Ce qui ne serait pas à priori un problème si j’avais eu le début du bout d’une explication sur le comportement à prendre pour réussir le fameux contact pour lequel j’ai été si grassement rémunéré.
   Dois-je soulever mes sous-vêtements pour brandir mon poitrail devant une de ces créatures ?
   La langue joue un rôle primordial me semble-t-il. Mais de là à la projeter hors de ma bouche pour un oui ou pour un non, j’hésite aussi ?
   Ou bien faut-il que je gigote dans tous les sens quitte à défier toutes les lois de la physique ?
   Et le grain de peau de ces images ? Quel est ce puissant, exorbitant produit qui les enduit et qu’on ne retrouve pas sur celles qui m’entourent ?
   J’étais prêt à tenter tous les comportements. J’avais passé tant bien que mal les tests d’adaptation en milieu étranger. Mais je doutais. Car les personnes présentes ici agissaient en totale opposition avec ces images. Des représentations tout à fait extraverties aux murs et des gens mesurés, discutant calmement autour de moi.
   Il fallait que je prenne une décision. Sinon j’allais finir par produire un comportement inadéquat. Je sentais les regards s’alourdir. Mon hésitation allait finir par être prise pour une insulte au coutumes locales. Quel sort réservait-on ici aux déviants ?
   Pour l’instant j’étais juste figé, happé par ce fauteuil qui n’en finissait pas de me digérer.
   Mes mains déplaçaient le verre sans trouver un endroit meilleur qu’un autre pour le poser.
   Mes yeux n’avaient aucunes idées non plus, après avoir passé en revue toutes les choses inanimées, d’où se fixer. J’aurais sûrement pu régler ces problèmes momentanément en prenant une cigarette. Mais les seules cigarettes présentent ici l’étaient sur les images.
   Quel était le but profond de la production de ces images ?
   Une voie à suivre, une voie à ne pas suivre ?
   Une représentation de leurs désirs ? Une distraction ?
   Ne vivait-on ici que par intercession, par procuration ?
   Je suis reparti. Laissant mon verre à moitié plein.
   Mon traducteur linguistique inutile.
   Personne ne me parlait.
   Et même si… Tout ça n’aurait eu, j’imagine, aucun sens.
   J’étais seul.
   Bien plus seul que perdu au fin fond du cosmos.
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6 Commentaires

  1. Ce texte me fait un effet curieux parce qu’il dégage quelque chose qui ne correspond pas du tout au regard que j’avais sur la photo. J’aime le style, l’écriture, la façon de mener le texte… Une lecture plus qu’agréable.

  2. Ah oui, j’aime beaucoup, moi aussi.
    Difficile à dire pourquoi, l’ambiance que tu as créée, le questionnement … ?
    Oui, définitivement, j’aime.

  3. Original, comme traitement, on ne pense pas du tout au cosmos en voyant la photo, et pourtant… 🙂

  4. Je vais tellement peu dans ce genre d’endroit que je m’y sentirais vite comme un martien fraichement débarqué d’on ne sait où. Ça me touche vraiment que vous ayez pris sur votre temps pour faire quelques pas dans mon univers, merci !

  5. L’art de la communication dans les bars… Vaste sujet! Ce qui me réjouis c’est que le personnage voit « le verre à moitié plein » et pas « à moitié vide ».

  6. Je n’ai pas hésité longtemps pour le verre : le « héros » est déjà bien assez pathétique !
    Merci d’avoir relevé cette minuscule touche d’optimisme dans ce salmigondis d’attentisme et de lâcheté.
    J’y tenais, merci !

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