• Atelier en cours

    Auteur : Dame Ambre ©Plumedambre

  • Atelier 2, To DO List en cours

    Un atelier particulier à partir de vos photos, vous avez quelques semaines pour participer. Pour en savoir plus
  • Contact

    ✍ Mail amillemains

    ☞ Social Twitter

  • Commentaires récents

    Dame Ambre dans Quelques mots
    OonaKaling (@OonaKal… dans Quelques mots
    Dame Ambre dans Quelques mots
    Dame Ambre dans Quelques mots
    Dame Ambre dans Quelques mots
  • Archives

  • Entrez votre adresse mail pour suivre ce blog et être notifié par email des nouvelles publications.

    Rejoignez 30 autres abonnés

  • Droits

    Tous droits réservés. Pour plus de détails, lire la charte d'utilisation

La gare des cars

Par DOM

On s’était donné rendez-vous dans ce café. Enfin, je crois. Parce qu’il avait dit : « je pars en car, on se voit au café en face de la gare des cars ». Il aurait pu dire la gare routière, mais il avait dit la gare des cars.

Quand je suis entrée, j’ai failli ressortir tout de suite. Je n’aime pas ce genre de café ; trop de déco, trop de tableaux, en plus des photos qui ressemblent à des affiches de cinéma. Ça vous met tout de suite mal à l’aise, toutes ces femmes avec leurs grosses bouches rouges en forme de baisers. Et puis, au premier rang, ces deux toiles blanches sans rien dedans, qu’est-ce que ça veut dire ? C’est pour faire travailler votre imagination, comme si on était en thérapie. Non, même l’éclairage me dégoûtait, trop sombre, on se sentait obligé de parler à voix basse, comme dans une église !

J’ai pris un café, acide et goudronneux. À la table d’à côté, deux filles ronronnaient en se confiant des propos sur l’aliénation, la libération, la sublimation. Elles avaient l’air d’être bien.

Moi, par contre, je me sentais de plus en plus mal à l’aise. Le café me pesait une tonne sur l’estomac, en voyant mon reflet dans une vitre, j’ai eu comme un coup au cœur : coiffure plate, gros nez rougi par la chaleur du radiateur d’en face ; et puis, je commençais à me sentir ridicule, aux aguets, les yeux tournés vers la porte qui ne laissait entrer personne, d’ailleurs. Les filles de la table d’à côté devaient bien avoir compris que j’attendais quelqu’un qui ne viendrait sans doute pas. Même si elles avaient l’air de ne pas regarder de mon côté.

J’ai sorti une revue de mon grand sac, j’ai tourné les pages pour que ça ne se remarque pas trop. Et j’ai repensé à toute cette histoire de gare des cars…

Ce n’était pas le genre de type à prendre le car. Je l’avais toujours vu au volant de voitures luxueuses. (Jamais les mêmes, d’ailleurs, empruntées à des copains, disait-il). Et quand il m’avait donné ce rendez-vous, au téléphone, il avait l’air pressé, il partait à Aubagne. J’avais essayé de plaisanter : « au bagne ? », mais sans succès.

Un car pour Aubagne ? J’ai eu comme un court-circuit dans la tête. Aubagne, c’est Pagnol, bien sûr, et ça, c’est de la littérature !

Il y a des gens pour qui c’est aussi la Légion !

J’ai ramassé mon sac, je suis sortie de ce territoire hostile et j’ai couru vers la gare routière.

Là, c’est la dernière fois que je l’ai vu : au milieu d’un groupe de civils, dix, douze, peut-être, soigneusement encadrés par quatre légionnaires à képi blanc. Aucune idée du grade, j’ai toujours confondu les généraux et les caporaux.

Humble coup d’œil au képi blanc pour demander l’autorisation et on se retrouve ensemble, serrés l’un contre l’autre et j’entends des trucs confus, qu’il me chuchote dans le cou « des conneries, engagement, seule solution pour m’en sortir ».

Après, c’est fini, départ du car et je rentre dans le café, parce que j’ai oublié de payer mon immonde café. On ne se refait pas.

Les deux filles me regardent régler à la caisse. Je vois qu’elles se parlent, toujours sur le même ton confidentiel, retenu et doux.

Je me demanderai toute ma vie si ça se voyait sur mon visage : une peine immense, une grosse envie de pleurer, mais aussi comme un éclair d’orgueil dans les yeux, une auréole glorieuse et cinématographique.

Mon légionnaire, amour bref et menteur, nous avions frôlé un destin à la Bonnie and Clyde.

Maintenant, quand je passe devant le café de la gare des cars, j’ai toujours envie d’entrer pour voir si la collection de tableaux du mur a été complétée. Il manquait deux tableaux. Mais je ne peux pas. J’ai encore le goût âcre du café dans la gorge.

Article précédent
Article suivant

1 commentaire

  1. J’aime bien le contraste entre l’ambiance « intérieur » inspiré de la photo et « extérieur » imaginée (imaginaire ?) que tu a créé dans ce texte. Et cette histoire d’amour « Mon légionnaire, amour bref et menteur, nous avions frôlé un destin à la Bonnie and Clyde. » Joli texte, oui, très joli texte.

%d blogueurs aiment cette page :