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Un verre de vin blanc

Par Alizarine

« Un verre de vin blanc… » je m’étais entendue demander sans assurance à cette serveuse exquisément vulgaire dans un pantalon en skai d’une autre décennie. Elle avait fait claquer son chewing-gum en guise de réponse et avait déposé à même la table subtilement collante le ballon apporté dans sa main nue. Je l’avais regardée en pensant qu’il n’y avait rien de plus sexy qu’un chewing-gum mâché derrière des lèvres bien maquillées. J’avais voulu le noter mais je ne savais pas comment serait prise l’irruption d’un de mes carnets dans le bar presque vide, associée à mon air fourvoyé et mon uniforme mal camouflé. J’avais laissé mon blazer dans mon casier, dégrafé les premiers boutons de mon chemisier et lâché mes cheveux, comme on voit faire dans les films ou les séries mais je savais bien que la jupe droite que je n’avais pas osé fendre, les ballerines plates et le sac de classe ne faisaient guère illusions.

J’avais trempé mes lèvres dans mon verre en regardant à la dérobée les photos exposées au mur, maudissant le réflexe rassurant mais idiot qui m’avait poussée à m’assoir face à la salle. Je n’avais pas osé me détournée par la suite vers un fauteuil, préférant solliciter toute la souplesse de ma nuque. J’avais noté les poses suggestives de ces femmes en bicolores, grimacé intérieurement, souris à ce beau noir aux lunettes fumées, pourléché du regard les seins libertins, envieuse de leur plénitude mais surtout de leur émancipation, j’avais mesuré du regard les talons de cette danseuse en quatre exemplaires, tenté d’imaginer mes jambes ainsi augmentées, en vidant mon verre à petites gorgées timorées.

Ce cadre, en particulier, racolait mon regard, encore et encore, tellement surexposé par les spots qu’il apparaissait vide depuis le bar. Il me chuchotait que tout ce que j’étais venue chercher ici se résumait entre ses arrêtes.

– C’est la patronne qui les prends.

La serveuse était de retour.

– Les photos, j’veux dire. C’est son métier. Le Pub, c’est pour les heures perdues.

– C’est une Artiste, avais-je constaté naturellement.

– C’est ce qui s’dit.

– Et, sait-on jamais… Je me demandais… Enfin, elles sont à vendre, les photos de la patronne ? avais-je hasardé en laissant poindre hors de mon sac une carte de crédit à la couleur trop caractéristique pour qu’elle ne comprenne pas.

– Dis donc, on dirait que c’est papa qui raque… avait-elle remarqué sans répondre à ma question.

– En quelques sortes, avais-je éludé en maitrisant ma voix.

Elle avait ramassé mon verre comme si la conversation était close, fait deux pas sur le côté, puis s’était ravisée. Pour la première fois depuis que j’étais entrée, elle m’avait regardée dans les yeux, ne mâchouillait plus, se tenait ferme.

– Vous voulez cette photo ?

J’avais soufflé un « oui » prudent, de peur de voir rétrograder la métamorphose.

– Pourquoi ?

Refusant l’idée qu’elle se moquait de moi j’avouais – Parce qu’elle me dit des choses.

– On ne vend pas. Qui veut faire un trou sur ce mur doit offrir de quoi le remplir en échange, avait-elle énoncé comme s’il s’agissait d’un verset de le Bible. Puis elle avait ajouté : j’aimerais beaucoup vous photographier…

**

Au bout de la banquette, une blonde débat trop fort parmi ses amies, avec la sonorité de ceux qui savent qu’ils ont torts mais refusent de céder. Ses cheveux accrochent la lumière d’un éclat intéressant. Alors que le vinyle colle à mes cuisses à travers mes bas, je ressasse des souvenirs en triturant le cache de mon appareil photo encore neuf. Une serveuse m’avise et me salue d’un sourire. Sans prendre ma commande, elle passe au comptoir et vient me servir. Un verre de vin blanc, comme d’habitude.

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6 Commentaires

  1. J’aime beaucoup la façon dont tu arrives à rendre une ambiance à travers ton texte. 🙂

    • Merci Anna. Il faut dire que la photo est propice à ce genre d’exercice. (J’ai hésité à essayer d’un introduire zazou, mirabelle, cyprine, passoire, souris, douceur, mélopée mais ça devenait vraiment compliqué. Hihi)

  2. J’aime, j’aime, j’aime.
    J’ai du mal avec ce jeu d’écriture. C’est un honneur d’y voir ma photo et de lire des choses gentilles dessus, mais je sais où je l’ai prise, et rare sont les textes qui parviennent à me le faire oublier.
    (maintenant que j’ai pondu ma prose je m’autorise à lire celle des autres!)

    • Tu nous raconteras, où tu as pris cette photo et pourquoi tu as du mal avec les choses gentilles dessus ? (Ou au moins à moi ? Oui, il faut bien qu’être taulière offre certains avantages)
      J’aime lire tes « J’aime » sous mes textes. Oui, je me répète…

  3. J’avais lu ton texte un peu vite (quand y’a pas de vaisseaux de l’espace, j’ai du mal à me concentrer) mais là je sais pas, le w-e qui approche, le soleil qui revient accompagné d’une température qui remonte et je vois plein d’allusions, de descriptions et autres expressions qui me titillent ? Et me voilà à deux doigts de filer m’acheter des chewing-gums à la chlorophylle ? Non mais ça va pas !? 🙂

    • Je file prendre des actions chez Freedent si mon texte donne ce genre d’effet ! Et j’ai bien envie d’essayer d’écrire quelque chose avec un vaisseau spatial pour le coup. C’est pas trop mon style alors je ne garantis pas d’y arriver mais l’exercice est tentant.

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