Reprendre son souffle avant le 8

Et voilà, on y est. Le 29 février. Un petit peu plus de 6 semaines de jeu. Il faut bien s’arrêter à un moment donné…

Quoi dire pour clore un jeu d’écriture(s) ?

Merci, ça me semble bien résumer les choses.

Merci à tous les participants, merci de vous être prêté-e-s au jeu, merci d’avoir partagé vos mots et vos idées.

Merci à ceux qui ont poursuivi le jeu en commentant les textes (et dans ce domaine, il n’est jamais trop tard pour (bien) faire)

MERCI à Gabrielle pour avoir accepté de mettre en jeu une de ses photos et de m’avoir ainsi soutenue pour relancer les Jeux d’écriture(s) du Blog à 1000 mains.

Avant de vous dire au revoir, je vous suggère de jeter un petit coup d’œil dans la colonne de droite : en plus d’être collaboratif et participatif, le blog à 1000 mains est devenu “Zéro Carbone”. Une initiative qui vous est expliquez ici. Grâce à vous tous, ce blog existe. Grâce à vous tous, un arbre va pousser.

A bientôt, pour un huitième jeu d’écriture(s) !

PS : Il faut bien donner une date de fin, alors voilà. Mais je ne punirai pas les éventuels retardataires. Si par une manœuvre malencontreuse votre texte n’apparaitrait pas sur le blog, votre nom ne serait pas dans la liste des milles mains, j’aurais omis de répondre à un commentaire, signalez-vous !

Compter à partir de 7 : Les participations

Liste des participations (article mis à jour au fur et à mesure)

  1. Compter à partir de 7 par Sushiesan
  2. Reconversion professionnelle par Lily
  3. Flashback par Magali
  4. La Première fois par Anna Musarde
  5. Un verre de vin blanc par Alizarine
  6. La gare des cars par DOM
  7. Une vie différente par La Chauve Souris
  8. Hors cadre par Jean-Jacques
  9. Saint Valentin par Thé Citron
  10. Un voyageur est passé par Monsieur Normal
  11. Chicago Blues par Juliette Rigby
  12. Tous les soirs à la même place par Pensez Bibi
  13. Parfum ancien par Shaya
  14. Jeu de dupes par Telle Quelle
  15. On a tous quelque chose à dire par Jacinthe et Petra
  16. Rendez vous par Le Voyageur
  17. Ce jour-là… par Anais Valente
  18. Vestige par Amy
  19. J’aime regarder les filles par Mme Doubitchou
  20. Un à un par Olivia Bellington
  21. La simplicité riche de l’instant par Mnêmosunê
  22. Quel monde ! par Angélita
  23. Multiple par Gabrielle
  24. Sur le Mur par Monsieur Normal
  25. Complètement abasourdie par La Plume et la Page
  26. Les mots des hommes par Izzie Mamour
  27. Trois pressions par Lullaby

Trois pressions

Par Lullaby

Trois pressions.

Ca n’arrête pas. Je ne sais pas combien j’ai servi de pressions depuis que je travaille ici, mais je pense que je pourrais en remplir un camion-citerne entier. A l’heure de l’apéro, une commande sur deux contient au moins une pression. J’ai toujours envie d’aller voir les gens à leur table et de leur demander s’ils aiment vraiment ça. Pour moi, c’est une commande d’habitude, ils prennent leur pression presque sans soif, sans envie et sans goût, comme des automates, avides de routine. Le plus souvent des hommes, parfois des femmes, souvent des étudiants aussi, parce que c’est moins cher. C’est fou comme la pression réunit les castes sociales : c’est la boisson de l’ouvrier et celle du chômeur, celle du patron de PME et celle du fonctionnaire. C’est même celle du chanteur là-bas, qui se la raconte tous les soirs en me réclamant sa pression.

Des semaines que La Libellule me voit servir des pressions derrière mon comptoir. Elle buvait pas de ça, elle, non. La Libellule, elle aimait choisir la boisson qui la rendrait encore plus différente. Sa dernière marotte, c’était le bloody Mary. Sûr qu’on en sert pas tous les quatre matins, des bloody Mary ! Ah ça, elle avait du chien quand elle demandait son cocktail ! Une fois sur deux les serveurs s’en étonnaient et elle adorait ça. Elle prenait toujours ce petit air satisfait quand la boisson écarlate arrivait, elle était fière de sa trouvaille, qu’elle sirotait avec distinctinction et une pointe de snobisme. Je crois bien qu’elle n’aimait pas vraiment le goût du breuvage, mais appréciait surtout l’excentricité qu’il lui apportait. Le choix d’une boisson est tellement révélateur… Depuis que je suis barman, j’ai eu le temps de développer une intuition exacerbée sur les clients, et même une théorie presque scientifique. Les trois nanas devant moi par exemple. La blondinette a fini son Coca light, manque cruel de fantaisie. Elle n’est pas blâmable, elle agit comme sa mère : un kir royal. Voyez-vous ça… Le kir royal a été inventé pour griser les honnêtes mères de famille qui n’aiment pas l’alcool. Quant à la brunette qui n’a rien pris, c’est typique de l’étudiante coincée qui se retranche derrière son manque d’argent pour ne rien consommer, alors qu’elle manque surtout de fun.

C’est sûr que La Libellule, c’était un autre genre. Regardez-là avec ses lunettes immenses et son chandail rouge. La classe supérieure, par rapport à ces greluches insignifiantes. Du tempérament, du feu, du virevoltant ! Il y a tout d’elle dans cette photo, vous l’imaginez siroter son bloody Mary ? Elle a pimenté ma vie avec ses frasques, elle a refait ma déco, elle m’a même fait tailler ma tignasse… Puis elle s’est barrée sans un mot. Rapide comme la foudre. Apparition, disparition. Presque une illusion… Quelle idée j’ai eu, de suggérer qu’elle pose pour le bar…

Les mots des hommes

Par Izzie Mamour

Les mots des hommes la subjuguent, elle les aime et les attend. Ce sont eux qui la font jouir, eux plus que leur queue dans son ventre. Leurs mots la font passer en douceur du statut de pute à celui de femme aimée. Ce que sa bouche refuse de prendre dans la leur, ils lui fourrent de force dans la tête. Comme une jouissance forcée, un viol de son intellect, mais son intellect du côté du cul, comme si elle n’avait pas de cerveau. En même temps, faut bien reconnaître que ça aide  des fois. Les intellos ont parfois la tronche tellement farcie, qu’ils liment pendant des heures, enfin des heures de pute, hein, c’est pas aussi long que des heures de sainte, sans que rien ne sorte. Alors ils causent, ils font leur théorie, sur tout, sur rien, la crise, le logement, le nouveau roman…

Jusqu’à maintenant, elle ne s’est fait que des intellos, des qui l’enrobent de ces mots pour mieux la baiser, sans culpabilité. Leurs mots sont les prières, Pater et Ave, contritions données à confesse. Bien pratique pour les bons pères de famille et bons époux.

Mais celui-ci c’est un bestial, un corps de muscles, de chair, de sang, empli de tous les fluides vitaux et du plaisir. Lui il prendra le plaisir, mais ne lui donnera rien. Elle n’aura pas la folie du ventre avec lui. Elle n’aura pas droit aux fleurs de sa pensée. Elle le sait, elle l’a senti à sa voix, à ses mots justement qui ne sonnaient pas comme ceux des autres. Des mots qui te font voir un corps un peu gras, de celui des hommes qui ont atteint l’âge de grossir.

Elle aurait pu dire non, mais ça l’excite cet inconnu; elle se fera sa propre mélodie. Cette fois son cul ce sera son intellect, c’est reposant aussi, parfois.

Sauf que, putain, ce verre de blanc, merde, il aurait pas dû !

Complètement abasourdie

Par La Plume et la Page

Philip Peterson avait donné rendez-vous à Victoria dans un bar de Soho. Un endroit assez éloigné de son bureau pour être sûr de ne pas rencontrer une connaissance. Un endroit également éloigné du bureau de Victoria. Elle non plus ne souhaitait pas être vue en compagnie de l’inspecteur.

C’était la première fois qu’elle mettait les pieds au Flat White. Le lieu faisait également office de galerie d’art. Des photographies très stylisées recouvraient les murs.

Elle trouva Peterson attablé devant un verre de blanc sec malgré l’heure matinale. Un signe qui lui laissa penser que ce qu’il avait à lui dire était important parce qu’habituellement il était plutôt du genre à prendre un café crème. Après lui avoir donné une cordiale et franche poignée de main elle s’installa sur la banquette à côté de lui.

Ne sachant comment lui dévoiler le résultat de ses recherches il parla du temps, des températures plus clémentes, de l’arrivée du printemps puis, il lui demanda ce qu’elle souhaitait commander. Victoria choisit un café latte et des œufs sur le plat avec du bacon. Son estomac était au niveau de ses talons. Elle avait juste avalé un thé sucré au miel avant de partir. L’inspecteur commanda la même chose mais préféra accommoder ses œufs avec du saumon.

Quand les assiettes furent posées sur la table Victoria – qui n’en pouvait plus d’attendre – lui demanda de but en blanc:

- “Alors inspecteur, des infos qui peuvent faire couler de l’encre?”

- “Euh… oui… enfin non… Disons, que c’est à propos de ce que vous m’avez demandé il y a six mois…”

- “Et? Vos recherches ont abouti ?”, articula-t-elle en avalant un morceau de bacon.

- “Bah… disons que oui… mais je sais pas si ça va vous plaire…”

- “Et bien, dites toujours. Je verrai si ça me plaît ou pas.”

Quand Peterson eut fini de parler Victoria fut incapable de prononcer le moindre son. Elle ne voulait pas croire au récit qu’elle venait d’entendre et se demanda si l’inspecteur, secrètement amoureux d’elle, n’en avait pas rajouté. Il venait de lui révéler d’où provenait les appels anonymes et elle était complètement abasourdie.

Sur le mur

J’ai pris une photo pour vérifier. Je voulais être sûr.
Car ces derniers jours, les événements s’enchaînent les uns après les autres avec une nette tendance à aller vers le bizarre. Je sais bien qu’une photo n’est pas une preuve mais ça me rassure. Je me dis que ce serait quand même un monde si mes yeux se trompaient deux fois. Je n’ai guère confiance en ma faculté à décoder le réel, soit. Mais un fichier numérique devant lequel je peux me poser calmement, sur lequel je peux appliquer tous les outils à ma disposition, dont la loupe, non, ça ne saurait me mentir.

J’avoue que je n’avais pas la grande forme lorsque j’ai franchi une énième fois la porte de ce bistrot. Il parait qu’on s’habitue à tout. Pas sûr dans mon cas. Ça me fout en l’air à chaque fois quand elles me susurrent à l’oreille : “l’amour physique est sans issue.” D’abord parce que je supporte mal qu’on me chipe mes citations. Et ensuite parce que je croyais trop la connaître la fin de l’histoire : elles se rentrent toutes, vite fait bien fait, blottir leurs petites têtes désolées bien au chaud entre les épaules de leurs réguliers. Ça a beau être charmant, complètement humain, j’ai beau me dire aussi que je participe activement à la consolidation de l’institution du couple en milieu urbain, ça me ferait quand même fichtrement plaisir d’être sûr, au moins une fois dans ma vie, de pouvoir tripoter en m’étirant au réveil, un de ces petits seins qu’elles affichent sans vergogne en photo sur les murs.

Mais non, je tourne en rond seul dans mon lit, ne palpe que du vide, dors trop et ne les entends jamais partir. Et pour garder toute la cohérence qui me caractérise, j’avoue aussi que je ne les vois pas non plus arriver…

Par contre, depuis quelques jours j’ai la conviction de savoir d’où elles viennent. Je crois même l’avoir toujours su. Mais se l’avouer, c’est tout autre chose surtout quand l’explication est hors du champs des possibles, étrange à s’en vriller définitivement le cerveau. Sans les photos que j’ai réussi à avoir le courage de prendre, je crois que j’aurais fini par lâcher prise. Après tout, je suis ce “maudit païen” comme aimait m’appeler Sarah, la jolie bouddhiste aux nichons touts pointus que j’irritais durant des heures et des heures, lors de nos creuses et mutuelles insomnies.
Mais il est trop tard aujourd’hui pour que je continue à refuser l’évidence. Le cliché que je diffuse ci-joint est tellement parlant que la honte m’envahi au simple souvenir de mes multiples atermoiements, faux-fuyant, refus, tergiversations. Tout est limpide, incroyable mais limpide. Elles viennent de là, celles qui me hantent, toutes, j’ai des preuves irréfutables. Et qu’on ne vienne pas me dire que c’est dans ma tête. Bien sûr que c’est dans ma tête. Tout est dans ma tête, tout passe par ma tête à un moment ou autre.
Et dire que j’ai failli avaler les sinistres hypothèses que me présentait comme scientifiques ce triste neurologue que j’eus la faiblesse de consulter.
- Votre sentiment de déjà-vu vient d’un décalage de phase dans la transmission du potentiel d’action (PA) lors des transferts inter-neuronaux.
Non non non et non, elles viennent toutes du mur. C’est de là que je les connais, toutes. Et la preuve, ce sont les cadres vides de celles qui sont, au moment même où je vous parle, à ma trace.
Et je peux vous les décrire, toutes…
Surtout leurs poitrine d’ailleurs.
Et je sais qu’elles arrivent.
Et qu’elle repartiront…
Pour finir d’où elles viennent, elles et leurs jolis tétons…
Dans une photo sur le mur.

Multiple

Par Gabrielle

Le temps passe.

Le temps passe, et l’on change.
Je suis elle, je suis timide, je suis sage, je suis invisible.
Je suis changeante.
Je suis folle, je me dévoile, je suis moi, je suis folle, et je m’en moque.

Est-ce qu’on reste humain jusqu’au bout ?
Je veux dire, est-ce qu’il n’y a pas un moment, où l’on est trop plein ?
Trop plein de vie, trop plein d’images, trop plein de sentiments, trop plein d’envies.
Et l’on ne peut plus rien prendre, plus rien encaisser. Et plus rien donner.

Un moment où l’on devient intransigeant, à la longue.
Où l’on ne peut plus faire semblant. Où l’on n’a plus envie de jouer ce même rôle, toujours.
Un moment où l’on se recule un peu, et en s’observant face aux autres, on décide d’être égoïste, et de ne plus tout pardonner, parce que c’est trop facile. Il semble qu’on voit mieux les choses.

Vivre pour soi. Décider de passer d’abord.
Froidement.

Est-ce qu’en continuant d’avancer, on revient en arrière ?
Est-ce qu’on finit par redevenir humain ? Est-ce que ça arrive, comme ça, un jour ?
Il suffirait peut-être d’un regard qui s’arrête, et qui s’intéresse et surtout, qui reste. Un regard heureux, qui communiquerait sa chaleur. Est-ce qu’on finit par nous voir ?

Ou bien faut-il se forcer ?
Se donner une apparence, un vernis de surface, un sourire. Parler fort et rire aux éclats, se montrer insouciante. Finit-on par oublier, est-ce que le bois s’imprègne du vernis ?

Je suis nue. Froide.
Je change, je sais, je rêve, je suis folle.
Je suis elle et je suis toutes ces femmes.

Je suis face à vous.
Mais personne ne les voit.

Quel monde !

Par Angelita

Malgré le froid glacial, nous avions de nous faire une petite sortie entre blogueuses. Beaucoup manquent à l’appel comme tu peux t’en rendre compte. Entre la neige, les enfants et le mari ou compagnon, pas moyen de toutes nous rassembler.

Mais ce n’est pas grave, toutes les trois, nous avons décidé de le faire quand même. Et ne tiens pas compte de mon t-shirt. Je me suis déshabillée car il fait super chaud dans ce bar à vins. Et il faut dire que j’ai pas mal piccolé. Mais comme tu le vois, je me tiens bien, je tiens assez bien l’alcool.

Par contre, on ne peut pas dire qu’il y ait vraiment grand monde ce soir. Juste quelques personnes et en particulier ce mec à l’autre bout de la banquette. Il insiste quand il me regarde et franchement ça me gène, ça m’empêche de passer un agréable moment avec les copines.

Car on s’est réunies ce soir pour programmer notre concert pour Madonna.

Car si tu ne le sais pas encore, sa tournée (peut-être la dernière) passe à Paris le 14 juillet et à Nice le 21 août. On n’a pas encore les places et on ira là où l’on sera le mieux placé.

Alors, que l’autre me regarde, je n’en ai rien à f*. Il y a beaucoup plus intéressant à faire. Partager les frais en dormant toutes les trois dans la même chambre d’hôtel. Soit prendre le train pour monter à Paris ou prendre une voiture (même si je ne conduis pas) pour descendre sur Nice. L’un dans l’autre, le temps sera forcément au rendez-vous. Quoi qu’à Paris, il peut pleuvoir un 14 juillet. Sauf que si on a changé de Président en juillet 2012 et si c’est le bon qui passe, même s’il pleut, ce sera la joie dans notre coeur et dans nos têtes.

Aller à Paris un 14 juillet ce n’est quand même pas trop tentant car il y aura du monde. Aller à Nice un 21 août ce ne sera pas pareil. Même s’il y aura foule à cause du concert, les touristes seront normalement partis.

Je divague, je divague, je crois que le vin me monte malheureusement à la tête.

Allez les filles, il faut que je vous laisse car je dois absolument aller dormir.

La simplicité riche de l’instant

Par Mnêmosunê

Elle rentre du travail. Elle est fatiguée, la journée a été rude avec toutes ces réunions. Et ce mal de tête qui persiste, toujours prêt à se manifester pour n’importe quel motif…

Pendant qu’elle avale les kilomètres qui la séparent de chez elle, à chaque pas, elle dresse un bilan, thématique par thématique : le travail, les sorties, les amis, les projets, l’amour, tout est analysé. Elle décortique dans sa tête chaque journée, chaque semaine, chaque mois, chaque année qui vient de s’écouler : elle se félicite de ses succès, cherche à apprendre de ses échecs. Progresser, toujours. Avancer, continuellement. Faire vibrer le quotidien, ne pas s’enliser.

Elle allait traverser la rue pour rejoindre le parc, comme tous les soirs ou presque. Mais le feu piéton est rouge et les automobilistes n’ont pas l’air conciliants. Elle laisse errer son regard et scrute l’intérieur de l’établissement de dégustations de vins. Il vient d’ouvrir, elle en a entendu parler. D’ailleurs, elle s’était dit qu’elle irait y faire un tour un de ces jours, pour voir l’ambiance, la carte, la qualité du service…

Le feu piéton est maintenant vert.

Elle pousse la porte de l’établissement, légèrement grisée par la nouveauté. Elle s’installe au comptoir, commande un verre de Bordeaux, celui que l’on lui recommande. Elle regarde les photos au mur. Elle aime la sensibilité des portraits affichés, leur mélange d’enthousiasme communicatif et de pudeur sensible.

Elle apprécie les lieux avec tous ses sens, prend une gorgée de vin. Il est bon, rond, différent de ce qu’elle a pu boire auparavant. Le conseil était pertinent. Elle sourit au caviste, tend l’oreille : est-ce elle que l’on interpelle ?
Deux jeunes femmes qui discutent l’invitent à s’asseoir avec elles pour faire connaissance. Chacune reprendra un verre en suivant les conseils du tenancier qui leur apportera des tapas du plus bel effet avec les boissons commandées.

Les verres sont vides, l’assiette de tapas aussi. Les répertoires des téléphones ont été gonflés de nouveaux protagonistes.

Le feu piéton vient de passer au rouge.

Elle est déjà dans le parc. Elle rentre chez elle, le sourire aux lèvres, la tête vide de pensées et libérée de ses céphalées. Les yeux vers le ciel, elle écoute le chant du vent, frissonne sous la caresse du soleil qui se couche.

La simplicité riche de l’instant.

Un à un

Par Olivia Bellington

Il entre et s’installe à une table, le visage inexpressif. Il fait terriblement chaud, il a un peu transpiré et son dos moite colle à la banquette imitation cuir, sensation très désagréable. Il observe avec satisfaction les deux cadres vides, il est le seul, avec le propriétaire du café, à connaître la raison de l’absence de ces photos. Il en est la cause. Ses yeux passent d’une image à l’autre, il n’a pas encore arrêté son choix. Un homme ? Une femme ? Songeur, il passe un pouce sur sa barbe de trois jours. La blonde avec ses verres fumés ? Flora, de son petit nom… Il commande une bière, repasse dans son esprit tout ce qu’il sait d’elle. Il connaît son dossier par coeur, comme ceux des autres, il les a étudiés, longuement, patiemment, assis dans son salon, les feuilles et les photos étalées sur la table basse. Le charmant minois de la jeune femme cache de sombres secrets. Du moins d’après le propriétaire du café, mais lui, il se moque bien des raisons, il accomplit un travail pour lequel il est grassement payé. Sa bière arrive, servie par une jolie rousse, mince et élancée, il lui sourit, juste ce qu’il faut pour qu’elle ne se souvienne pas de lui. Son physique quelconque lui est d’une grande utilité, personne ne se remémore jamais de l’homme de taille moyenne, ni gros ni maigre, aux cheveux ternes, aux vêtements passe-partout. Il avale une gorgée de bière, en apprécie la fraîcheur, dehors, c’est la fournaise. Peut-être Grégoire qui se planque derrière ses lunettes d’ahuri, sans doute pour mieux dissimuler les regards tendancieux qu’il pose sur des gamins… toujours d’après le gérant du café. Après tout, il doit le savoir, il a été flic. Oui, il a arrêté son choix. Reste à exécuter le contrat, il se donne cinq jours et ensuite il passera au suivant. Un à un. Lentement. Mais définitivement. Jusqu’à ce qu’il ne reste plus que des cadres vides au mur.