Par Anais Valente
Qu’est-ce qu’on a ri ce jour-là.
Qu’est-ce qu’on a déconné, aussi.
C’était la veille de l’ouverture du bar de Mathieu et Ludivine, le Lumat qu’il s’appelle, leur bar. Ils en avaient tellement rêvé, de leur Lumat. Lumat comme Ludivine et Mathieu, of course, mais aussi comme lumière du matin. So poetic.
Avant l’inauguration, on a voulu le décorer à notre façon, leur bar.
Les murs étaient trop nus, on n’aimait pas. Et, comme on en entendait parler depuis des lustres, de ce fameux bar, on voulait en être, à fond. Ils nous avaient bassinés avec ce projet depuis l’école, on avait le droit d’y avoir notre place. Une place de choix. Et de toute façon, ils n’avaient pas le choix.
Le jeu, c’était de se déshabiller pour les photos. Pas trop. Juste assez.
Au début, j’étais réticente. On l’était tous. Puis, l’ambiance aidant, le Champagne idem, les filles s’y sont collées en premier.
Moi, j’ai pas eu peur, j’ai montré mes nibards. Sont beaux mes nibards. Et au Lumat, ils sont immortalisés, avant que la gravitation fasse son sale boulot. En plus j’ai changé la couleur de mes cheveux, ça m’évite de me taper la honte à chaque fois que je viens prendre un pot.
Marion aussi a exposé ses nibards, dans la foulée. Dingue ce que six coupes de champagne peuvent faire faire à des filles survoltées. Natou a été plus prude, quoique… sa moue boudeuse rime vachement avec allumeuse, vous ne trouvez pas ?
Ludivine est la plus sublime, et en plus ça rime, j’aime ça. Il le fallait, ce bar, c’est son endroit. Alors on l’a pas forcée, et le résultat est parfait.
Quant à Mat et Ben, no comment. Zont pas voulu montrer leurs torses velus, pourtant on les a suppliés, en leur tendant à boire. En vain. Timides, nos hommes. Mais beaux, beaux, beaux.
Et puis les cadre sans photo, c’est Laura.
Laura, on savait qu’elle allait mal. Même ce jour-là, elle allait mal. On le savait. Mais on riait tellement, on déconnait tant, qu’on l’avait presque oublié. Presque. Juste presque. Le lendemain, quand sa mère nous a appris que, dans la nuit, elle s’était coupé les veines, la réalité nous a explosé en pleine face. On a dessoulé net.
Elle avait beau avoir passé une super soirée avec nous, avoir montré ses nibards, avoir bu du champ’, avoir ri, avoir déconné, cela n’avait fondamentalement rien changé. Je pense que nous n’aurions rien pu faire contre cela, c’était sa volonté, son choix. On était là, pour elle, mais elle, elle voulait être ailleurs.
Alors on a enlevé les photos des cadres. Elles étaient drôles, ces photos de Laura. Tellement drôles qu’il semblait impossible d’imaginer que quelques heures plus tard… Tellement drôles que ça nous faisait trop mal de la revoir en train de rire aux éclats.
Alors on les a enlevées.
On a juste laissé les cadres. Comme une dernière trace de son départ vers le paradis blanc.
Qu’est-ce qu’on a ri ce jour-là.
Qu’est-ce qu’on a déconné, aussi.
Mais qu’est-ce qu’on a pleuré, depuis.
Ils sont tous beaux, ces textes.
Mais celui-là!!!!Chapeau.
merci, ça me touche, car sur mon blog, pas un seul commentaire, ça m’a fait peur
Les absences de réactions sont sinon normales du moins dans la logique de cette triste expérience :
http://michel-terestchenko.blogspot.com/2012/02/passer-cote-de-la-beaute.html
Pas le temps ?
Ou alors la peur de se brûler les yeux devant trop de beauté nous fait tourner la tête ailleurs ?
euh, pourquoi on a ajouté une faute à mon texte ?
)
“Laura, on savait qu’elle allait mal. Même ce jour-là, elle allait mal. On le savait. Mais on riait tellement, on déconnait tant, qu’on l’avait presque oubliée”, oublié, pas oubliée… l’oubli porte sur le fait qu’elle va mal, pas sur Laura
Une faute ? Où ça ? Pardon, je sais pas ce que j’ai fichu ! J’ai corrigé. Et c’est vrai qu’il est fort, ton texte.
pô grave hein, juste que je ne comprenais plus le sens de cette phrase, oublier Laura, ah que non
pour le prochain exercice, je tenterai de ne pas encore mettre des morts, mais c’est pas gagné, ils s’imposent à moi, les vilains
merci en tout cas
Dire que j’ai failli ne pas terminer ma lecture.
Pas très concerné pas le côté girly/kawaii du début.
Et puis, enfin, un mort se sauve.
Et nous sauve. (N’ayons pas peur des morts !)
Allez, je prendrais bien une autre version faisant monter la tension, les fausses pistes, bien plus tôt dans le texte ?
Bravo en tout cas, surtout pour la fin
Il est beau, ton texte, moi je l’aime bien, il m’émeut.
Et je ne veux pas jeter des ponts là où il n’y en a pas, mais je trouve un lien, même s’il doit être tout petit, même si personne d’autre n’en voit, avec le mien.